Zizi dans le métro et à Tariq réduit
« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde.
Le mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas.
Mais sa tâche est peut-être plus grande.
Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »
Albert Camus, extrait du discours de « déception » du prix Nobel de littérature, 10 décembre 1957.
À mon confrère correcteur Mustapha Ourrad, assassiné par des islamistes neuronless le 7 janvier 2015 dans les locaux de “Charlie”.
Ce n’est pas pour faire mon malin, mais j’ai passé bien des heures à écouter, sur Inter ou Culture, Abdennour Bidar, philosophe et spécialiste de l’islam… de la raison. Aussi ai-je bondi sur son billet du « Monde » qui évoquait l’affaire concernant un néorigoriste travesti en islamiste soft et accusé de viol. Vous savez, celui qui joue les bons apôtres en français tout en prêchant un islam de haine en arabe et sur les réseaux.
Le philosophe Abdennour Bidar lance " un cri d'indignation et d'alarme " en direction des élites qui accordent trop d'attention aux " prestidigitateurs " néoconservateurs. Le Monde | * Mis à jour le | Par Abdennour Bidar (philosophe spécialiste de l'islam et des évolutions de la vie spirituelle) Tribune.
http://www.lemonde.fr
Abdennour Bidar, lui, doit avoir l’impression de prêcher dans le désert. « Combien d’intellectuels ont entrepris une mise en dialogue de leur pensée avec un grand philosophe ou sociologue du monde musulman, un grand théologien ou mystique de cette civilisation ? Combien connaissent les œuvres du poète et philosophe, qui contribua à la fondation du Pakistan, Mohamed Iqbal (1877-1938), du philosophe iranien Daryush Shayegan, du juriste tunisien Yadh Ben Achour, de l’islamologue tunisien Hamadi Redissi, ou, ici, en France, de l’historien de l’islam Mohammed Arkoun ? Paresseusement, on fait référence à Averroès (XIIe siècle) et on a “adoré” le roman de Kamel Daoud et ses magnifiques tribunes coups de poing. Mais pour aller plus loin, quasi personne. »
Et Abdennour Bidar de tancer :
cette intelligentsia française est « si intelligente par ailleurs » et si « inculte » sur l’islam.
Et de rejoindre l’incroyable Latifa Ibn Ziaten, mère du soldat français Imad Ibn Ziaten assassiné par Mohamed Merah le 11 mars 2012 à Toulouse, qui, à l’issu du procès de son frère Abdelkader, eut ces phrases :
« Il ne faut pas lâcher cette jeunesse. Il y a tellement de naïveté en France, il faut se réveiller. »
« Nous avons laissé se développer en France un islamisme de plus en plus décomplexé, qui revendique maintenant haut et fort la suprématie de la loi de Dieu face à la loi démocratique, qui affiche sans vergogne intolérance et antisémitisme, qui bafoue le droit à la liberté personnelle et l’égalité des droits, à commencer par ceux des femmes », ajoute Bidar, pour qui l’islamisme est un totalitarisme politique, l’islam, une religion de lumière, amie de la science.
Comme en témoigne notamment la physicienne tunisienne Faouzia Charfi, qui dénonce (tiens, tiens, à l’heure où les évangélistes US ont obtenu de déplacer la capitale d’Israël) une alliance créationniste entre les barbus et les fous de dieu de la Bible Belt. « La science a disparu du monde musulman au cours des siècles », écrit-elle. Ce monde musulman qui non seulement recueillit la science de l’Antiquité mais qui avait aussi décrété que le grec, langue universelle du savoir, devait être étudié.
Je ne puis que vous renvoyer à l’ouvrage de Faouzia Charfi « Sacrées questions… pour un islam d’aujourd’hui » (Odile Jacob, disponible ici). Où est abordée l’opposition entre mutazilistes et acharites, entre l’école théologique rationaliste et le courant d’Aû Hamid Muhammad al-Ghazali, qui prône que la raison ne doit servir que la vérité de la révélation. Ce qui aboutira au concordisme : « La science aujourd’hui concorde avec un certain nombre de versets coraniques et que cela met en valeur le caractères miraculeux de la religion musulmane. Ainsi énumère-t-on “les miracles scientifiques du Coran”. »
Aussi est-il un peu lamentable de voir d’authentiques figures de l’émancipation humaine souvent marxisants se rallier même du bout des doigts à l’étendard de l’islamisme. Naguère Michel Foucault aujourd’hui… Pour eux, critiquer l’islamisme revient à nier l’ostracisme dont souffrent les non-Gaulois d’obédience mahométane.
Les néorigoristes sont-ils les représentants des damnés de la terre ? Eux qui sont sponsorisés par les monarchies du Golfe ou la dictature d’Erdogan !
N’est-ce point un peu condescendant, voire raciste, de considérer que l’islam ne peut être que source d’obscurité alors que tant de poètes, de scientifiques, d’écrivains et de chanteurs ont prouvé qu’il relevait plutôt des lumières ? Quel barbu aux mollets saillants a décrété que la musique, l’astronomie ou la danse étaient haram ?
Alors bien sûr, on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille. Comme dirait Edgar Morin, « je suis de ceux qui attendent des éclaircissements de la justice ». Ce n’est pas parce que le grand-père du suspect et donc présumé innocent aux yeux de la justice, a fondé les Frères musulmans, qui louaient le grand mufti de Jérusalem, agent de Hitler et fondateur des sections SS bosniaques (« Tuez les Juifs partout où vous les trouverez. Cela plaît à Dieu, l’histoire et la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous ») que notre joueur de flûte est forcément et doublement coupable de viol.
Forcément coupable… C’est vrai, monsieur Morin, que Marguerite Duras chaque fois qu’elle dansait avec vous essayait de vous ouvrir la braguette. Alors détendons-nous du string. En 2013, dans « Mon Paris, ma mémoire » (Fayard, 2013, disponible ici), vous écrivez ceci :
« Mon enfance était véhiculée par le tramway qui nous conduisait, maman et moi, vers l’ouest aux Galeries Lafayette, vers l’est à Ménilmontant pour aller chez tante Corinne, sa sœur cadette. […] À partir de 12-13 ans, je cherchais le contact d’une croupe féminine qui souvent ne régissait pas, parce que condamnée à l’immobilité. L’érection survenait et je demeurais dans une volupté mystique et muette qui se déchirait brutalement quand l’adorable croupe se dégageait pour sortir, ou que moi-même devais m’en arracher pour descendre à la station Anvers. […] J’en ai fini par perdre un bouton de braguette […]
» À 16 ans, je m’enhardissais parfois à glisser ma main sur la croupe émouvant et commençais à caresser. Je m’arrêtais s’il y avait un sursaut de répulsion, continuais si pas de réaction. Parfois, j’entrevoyais un profil féminin qui décuplait mon émotion. Plus tard encore, il m’est arrivé de descendre de la rame avec une de mes caressées et de lui adresser la parole. Mais les quelques mots que je lui bredouillais pour exprimer mon trouble avaient tôt fait de dissiper le charme de part et d’autre. C’est très rarement que j’ai pu entamer une relation par une rencontre dans le métro.
» Longtemps encore après l’adolescence, les promiscuités du métro me présentèrent des profils, des poitrines, des croupes fatales inconnues qui me plongeaient dans un véritable émoi d’adoration mystique. »
On dit les soufis mystiques. Les néorigoristes les tiennent pour des infidèles, des adorateurs du taghut, le diable. Le 24 novembre dernier, à Bir el-Abed, au nord du Sinaï, des terroristes ont attaqué une mosquée soufie : 305 morts, dont 27 enfants, 128 blessés. Acte non revendiqué car il a même choqué la nébuleuse « djihadiste ».
Aux Frères musulmans, j’ai tendance à préférer mes frères soufis…
Vous pensez encore vivre une époque postmoderne mais c’est l’anthropocène qui vous rattrape.
Bonus :
Mustapha Ourrad :
La discrétion, la pudeur. Mustapha Ourrad aimait se faire petit, malgré son mètre quatre-vingts. Alors voir son nom sur les murs de Paris, sa photo diffusée en prime time sur France 2, son portrait dans Libé, vous pensez... "Il le mérite.
http://www.liberation.fr
Le témoignage bouleversant de Latifa Ibn Ziaten
L'association IMAD
Les Arts de l'Islam
C'est en 1893 qu'une section des " arts musulmans " est créée au musée du Louvre et en 1905, une première salle dédiée à la collection islamique est ouverte au sein du département des Objets d'art. La collection s'agrandit ensuite considérablement sous l'impulsion de conservateurs et notamment de Gaston Migeon.
http://www.louvre.fr
Un colloque pour aller plus loin sur l'art islamique dans les collections françaises :
Le Réseau d'Art Islamique en France (RAIF) a pour vocation d'accompagner la connaissance et la valorisation du patrimoine national d'art islamique en région. Coordonné par le département des Arts de l'Islam du Louvre, ce réseau est destiné à l'ensemble des professionnels du patrimoine et des universitaires spécialisés en Histoire ou Histoire de l'art islamique, ou plus largement en Histoire du patrimoine en France.
http://www.louvre.fr
La science arabe en contexte islamique
La science arabe est née et s'est développée dans un contexte particulier d'étendues terrestres et de peuples gouvernés par des califes et des monarques musulmans sur une fresque historique allant depuis la fin du VIIIème siècle jusqu'au milieu du XVIème.
https://www.franceculture.fr









