Mercredi 24 mai : “Visez au cou, je viens de refaire mon nœud de cravate”
Incendie de l'Hôtel de Ville, la Maison du peuple
Vers dix heures et demie s’élève un énorme nuage de fumée.
Gouverneur de l’Hôtel de Ville, le menuisier Jean-Louis Pindy a donné l’ordre d’incendier la Maison du peuple afin qu’elle ne soit point dévoyée par ceux qui l’égorgent.
Incendie de la Préfecture de police
Le blanquiste Théophile Ferré fait mettre le feu au palais de Justice et à la Préfecture. Delescluze et les services de la Guerre se replient sur la mairie du XIe, bientôt rejoints par le Comité de salut public.
Partout dans Paris, les troupes de la Commune cèdent. Les versaillais montent même à l’abordage des canonnières. Sur le quartier du Louvre, la Banque de France, la Bourse, le drapeau tricolore flotte désormais.
Vers midi, le musicien Francisco Salvador Daniel fait évacuer sa barricade.
« N’oubliez pas, pour moi, ce sera l’andante du second quintette [de Beethoven] ! »
String Quintet in E-flat major Andante 2nd Movement - Beethoven - Op. 4
Dans les heures qui suivent, se croyant à l’abri chez des amis, Francisco Salvador Daniel est dénoncé par des voisins. Un officier versaillais escorté d’une dizaine de lignards investissent la maison, défoncent la porte de la pièce où il se repose. Son calme les estomaque. Paisiblement allongé sur un divan, il fume une cigarette. Au moment d’être fusillé, il réajuste sa cravate et demande à ses bourreaux de le viser au cou.
Son corps est jeté à la fosse commune.
Les versaillais envahissent le séminaire de Saint-Sulpice, transformé en hôpital. Y sont soignés trois cents blessés de la Commune. Les royalistes exigent que leur soient remis les fédérés. Dirigeant l’hôpital, le Dr Faneau s’y oppose fermement. Prenant prétexte qu’un coup de feu a été tiré d’une fenêtre du séminaire, les versaillais commencent de massacrer les blessés dans leur lit. Quatre-vingts fédérés sont exécutés. On retrouve le Dr Faneau mort, avec dix balles dans le corps! On découvrira bientôt qu’il était un partisan de Versailles. Il ne sera d’ailleurs pas le seul ami de l’« Ordre » à périr sous les balles de la Réaction…
Jules Vallès
Tandis que Jules Vallès se démène pour convaincre des fédérés de ne pas incendier le Panthéon, déjà touché par cinq obus versaillais, Wroblewski oppose une résistance farouche aux versaillais sur la Butte-aux-Cailles.
De l’autre côté de Paris, au Père-Lachaise, le peuple rend hommage à un autre Polonais, Jaroslaw Dombrowski.
L’après-midi s’achève quand, à la Roquette, Genton apporte un ordre signé de Ferré :
«Puisque les versaillais fusillent les nôtres, six otages vont être exécutés. »
Le vieux blanquiste connaît son sujet, lui qui a failli être fusillé à la Préfecture en Juin 48. «Qui veut former le peloton ? » Les volontaires se bousculent, tant leur soif de vengeance est grande. Sur la liste : l’archevêque Darboy, le président Bonjean, le banquier Jecker (remplacé au dernier moment par le curé Deguerry), les jésuites Allard, Clerc, Ducoudray. Commandant le peloton, Sicard s’écrie : « Ce n’est pas nous qu’il faut accuser de votre mort, mais Versailles qui fusille les nôtres. » Cinq otages s’abattent. L’archevêque est encore debout, bien que touché à la tête. Une seconde décharge est tirée…
Jusqu’au bout, la Commune a essayé d’échanger tous ses otages contre la libération d’un seul homme, mais quel homme ! Auguste Blanqui.
Auguste Blanqui
Le Luxembourg est transformé en abattoir à ciel ouvert. La place Maubert, la rue Mouffetard, si proches, sont tombées. À l’École polytechnique, les versaillais passent par les armes le bon Treillard, inspecteur de l’Assistance publique, aimé de tous et farouche artisan de la laïcisation des hôpitaux.
À quelques centaines de mètres de là et quelques heures plus tôt, Raoul Rigault, procureur de la Commune, regagne son logement, au 29, rue Gay-Lussac. Des lignards le voient entrer dans l’immeuble, dont ils menacent le propriétaire. Rigault ne laisse pas fusiller son logeur à sa place et se rend. Sous bonne escorte, croisant un colonel, il décline insolemment son identité suivie d’un intrépide :
« Vive la Commune ! ».
Un sergent lui tire une balle dans la tête et deux dans la poitrine. Puis les lignards lui volent sa montre, son portefeuille, ses chaussures et même ses chaussettes… Son corps demeure dans la rue jusqu’au lendemain soir.
Monsieur Rigault fait enterrer son fils, le 6 juin, au cimetière de Montmartre…
Bonus musical : reprenons en choeur !





