Dimanche 28 mai : Paris offensé, Paris “libéré”, mais Paris martyrisé
Entre sidération, abattement et dégoût…
Vers cinq heures du matin, les royalistes occupent la rue Rebeval; opérant par la rue Vincent et le passage Renard, ils prennent à revers les défenses de la rue de Paris. Trois heures plus tard, ils investissent la mairie du XXe. Entre-temps, ils ont pénétré dans la Roquette et libéré cent cinquante gendarmes, curés et autres ennemis de la Commune.
Vers dix heures, le quadrilatère communeux a rétréci : Faubourg-du-Temple, Trois-Bornes, Trois-Couronnes, Belleville. Dans le XXe, des héroïques résistent toujours rues Ramponneau et de Tourtille. Les versaillais les attaquent par l’hôpital Saint-Louis.
Vers onze heures, les tirs des fédérés s’essoufflent. Jusqu’au bout Jean-Baptiste Clément, Eugène Varlin, Jules Vallès, Théophile Ferré et Gambon demeurent sur la barricade de la Fontaine-au-Roi. Puis c’est l’explosion.
Sans se nommer lui-même, Lissagaray, ce grand historien de la Commune qui faillit être le gendre de Karl Marx, se laisse aller à cette relation :
« La dernière barricade des journées de Mai est rue Ramponneau. Pendant un quart d’heure, un seul fédéré la défend. Trois fois, il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s’échapper. »
Dimanche après-midi, tout est fini. La Commune de Paris a vécu…
Les survivants et les « libérés » peuvent lire cette affiche :
« Habitants de Paris,
» L’armée de la France est venue vous sauver ! Paris est délivré, nos soldats ont enlevé en quatre heures les dernières positions occupées par les insurgés. Aujourd’hui la lutte est terminée, l’ordre, le travail, la sécurité vont renaître.
» Le maréchal de France commandant en chef.
» Mac-Mahon, duc de Magenta »
Après l’explosion…
Gambon, ex-député socialiste à l’Assemblée nationale, réussit à fuir la capitale avec un faux passeport pour rejoindre la Belgique.
Théophile Ferré est condamné à mort le 2 septembre 1871. Auparavant, les versaillais ont arrêté son père et son frère et inquiété sa mère, très malade, qui mourra folle à Sainte-Anne, en juillet. Ferré est passé par les armes le 28 novembre 1871, à Satory. Lors de son procès, il déclare : « Membre de la Commune, je suis entre les mains de ses vainqueurs. Ils veulent ma tête, qu’ils la prennent ! Jamais je ne sauverai ma vie par la lâcheté. » Lissagaray écrira: « D’un pas ferme, il marcha au troisième poteau… Ferré jeta le bandeau, repoussa le prêtre qui venait à lui et, ajustant son binocle, regarda bien en face les soldats. »
Jules Vallès, déguisé en ambulancier, parvient à quitter Paris pour l’Angleterre. Entre-temps, les versaillais ont fusillé plusieurs personnes prises pour le rédacteur en chef du « Cri du peuple ».
Eugène Varlin est dénoncé par un prêtre en civil, massacré par la foule des bourgeoises et des bourgeois et fusillé à genoux, un œil pendant de son orbite.
Jean-Baptiste Clément se réfugie chez un ami, puis gagne la Belgique et l’Angleterre, où il apprendra qu’il est condamné à mort par contumace.
Terré à Montmartre, là où a commencé l’aventure communeuse, Eugène Pottier, ancien élu de « Paris libre », écrit un poème dont il ignore qu’un jour il sera mis en musique : « L’Internationale ».
« Il n’est pas de sauveur suprême, ni dieu, ni césar, ni tribun… »
Mur des fédérés au Père Lachaise
Monument du mur des fédérés, construit dans le square Samuel de Champlain le long du Père Lachaise à Paris XXe, avec les pierres originales du mur des fédérés. Sculptor: Paul Moreau-Vauthier. (c) CC / by Pol
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