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Avec accusé de déception
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21 avril 2017

1933, élections, piège à nazillons ?

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais j’abhorre le mépris de classe. Et je n’évoquerai pas ici l’accueil condescendant réservé dans les médias au fordiste trotskisant Philippe Poutou, l’homme au « marcel »… (Entre « Yann Moix, je… » et «  Ferme ta gueule, Luc Ferry ! » cher à François Morel, les arbitres de l’élégance en manquent de toute évidence…) 

 

 

Mon poil se hérisse quand j’entends énoncer qu’en France, les ouvriers – j’inclurais ici les prolos du secteur tertiaire évidemment – votent majoritairement Front national.

(Historiquement et au passage, rappelons que le Front national était un mouvement de la Résistance d’obédience PC.)

Ces idiots de smicards seraient donc passés de Georges Marchais à Marine Le Pen. D’un populisme l’autre…

Et tant pis si l’abstentionnisme demeure en réalité le parti favori des plus… défavorisés.

J’ai même entendu dire récemment – mais je ne dénoncerai personne – que les prolos, forcément tous un peu limités, auraient même permis l’élection d’Adolf Hitler en 1933.

Les extrêmes se rejoignant comme les parallèles dans l’Univers du juif Albert Einstein, l’homme de gauche germanique a naturellement fini par voter pour le NSDAP, le Parti ouvrier allemand national-socialiste.

Une vérité compliquée est plus difficile à assimiler qu’un mensonge simple. 

Rappel des faits…

Le parti social-démocrate allemand (SPD) est avant la Première Guerre mondiale le plus grand parti socialiste au monde. Plus d’un million d’adhérents, des écoles du parti, un quotidien, « Vorwärts » (« En avant »), 15 000 permanents…

Une véritable contre-société, d’où la révolution mondiale ne peut que démarrer. (Même les Russes, bolcheviks ou mencheviks, le reconnaissent, qui vouent au parti allemand une vénération sans bornes.)

En 1918, les désertions de masse, prélude à la Révolution allemande, précipitent la fin de la guerre.

Friedrich Ebert

Source : Bundesarchiv

Dès le 9 novembre 1918, le socialiste Friedrich Ebert hérite du pouvoir légal tout en dirigeant le Conseil des commissaires du peuple. Un pied au Reichstag, un autre dans la révolution ou presque… puisque au prince et chancelier Maximilien de Bade, il déclare : « Je hais la révolution autant que le péché. »

Et le voilà qui signe un pacte avec les hauts dignitaires militaires, ce qui précipite la révolution de novembre.

Socialistes révolutionnaires et de gouvernement ne tardent pas à s’affronter. Le vieux SPD vole en éclats : « légitimistes », indépendants, spartakistes…

Karl und Rosa

Source : ici

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés par les corps-francs de Waldemar Pabst, avec la bénédiction du commissaire du peuple à la Guerre, le socialiste Gustav Noske. Lequel assume sa besogne de « chien sanguinaire » (Bluthund).

Pour le coup, la gauche (bientôt divisée entre communistes orthodoxes, oppositionnels, conseillistes, socialistes de gauche, de droite) devient irréconciliable.

Ajoutez à cela un Traité de Versailles lourd de coups de grisou et la béchamel infernale commence à prendre.

Alors Hitler, élu démocratiquement par des prolos dummköpfe ?

Élections législatives de mai 1928 : SPD : 29,8%. KPD (communistes orthodoxes) : 10,6%. Nazis : 2,6%.

(L’armée allemande se reconstitue en partie grâce à l’Union soviétique…)

Krach de 1929 : la République de Weimar plonge derechef dans la crise.

Élections législatives de septembre 1930 : SPD : 24,5 %. Nazis : 18,3 %. Staliniens : 13,1%.

(Le NSDAP fait une belle percée, notamment dans les campagnes… Sous l’impulsion de Staline, moscoutaires et nazis feront parfois et de concert le coup de poing contre les « sociaux-traîtres ». Le Petit Père des peuples prend les séides de Hitler pour des amateurs dont il sera aisé de se débarrasser…)

Présidentielle de mars 1932 : vote utile ! Déjà !

Premier parti d’Allemagne, le SDP ne présente pas de candidat afin de faire barrage à Hitler et soutient le bon maréchal Hindenburg. Lequel devient président avec 49,5% des suffrages.

Les six millions de chômeurs apprécient moyennement le lâchage en règle émanant du plus grand parti socialiste au monde…

Tout naturellement, aux élections législatives de juillet de la même année, le SPD cesse d’être la première force dans les urnes. La droite et ses alliés nazis réalisent leurs meilleurs scores sous Weimar !

Le NSDAP refuse des postes ministériels… C’est la chancellerie ou rien.

Novembre 1932 : l’abstention est en hausse. Les staliniens arrivent pour la première fois en tête à Berlin avec 31% des suffrages (26% aux nazis et 23,3 % au SPD).

Et le NSDAP recule !

Oui, il recule, passant de 37,4% à 33,1%. Selon l’historien Ian Kershaw, un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’ère hitlérienne, les électeurs de droite commencent à se lasser de l’antisémitisme maladif du peintre autrichien. « Nez crochus et oreilles pointues » ne sont pas responsables de tout !

Le 30 janvier 1933, bien que minoritaire, Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le bon président Hindenburg avec la bénédiction des milieux financiers, industriels, de l’armée et des catholiques « intégristes ».

Hitler s'incline devant Hindenburg le 21 mars 1933

CC / German Federal Archive

Le 5 mars 1933, les élections qui se déroulent sont non démocratiques. Les nazis se rendent maîtres de la rue tabassant indifféremment socialistes, trotskistes, conseillistes (qui prônent l’abstention), staliniens… Bref, les judéo-marxistes.

Même ainsi, la clique d’Adolf ne parvient pas à obtenir la majorité absolue. Mais seulement 43,9% des voix !

Le 23 mars, le Reichstag vote les pleins pouvoirs à Herr Hitler. Le monde en prend pour douze ans !

Que vous alliez voter ou non dimanche, vous aurez droit la semaine prochaine à une seconde partie consacrée à l’opposition ouvrière sous le IIIe Reich. Car le pauvre régime hitlérien n’est jamais parvenu à séduire un prolétariat élevé au lait d’une social-démocratie quasi séculaire même si fragmentée.

 

Bis bald, meine Freunde.

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place. 

 

 

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