“On n’oublie jamais une rencontre avec Mario Marret

Solange Cariou,
psychothérapeute aixoise

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais l’homme de plume et de caméra Chris Marker (1921-2012) a dit ceci de Mario Marret en évoquant la période pré-Mai 68 : « Je me souviens de lui comme d’un Mensch, ce que l’on ne peut pas dire de tous dans cette période agitée. »

Sous le clavier de Magali Triano, pour le site Bleu Tomate, on peut lire : « Nous avons demandé à Pierre de choisir un nom parmi les explorateurs qui ont marqué selon lui l’histoire de la terre Adélie. Sans hésitation, il a cité Mario Marret. Un homme au destin hors du commun. À DDU [base Dumont d’Urville], tout le monde le connaît. Mario Marret a donné son nom à l’un des sites classés Monument historique : la base Marret. Une cabane ! Devenue le “squat” des hivernants, elle rappelle le buron de l’Auvergnat qui vient partager un repas et le goût de l’aventure. Marret venait de ces volcans d’Auvergne où le feu ne s’éteint pas. Quelques photos ont laissé de lui un visage marqué, caché derrière une moustache ou une barbe épaisse selon les saisons, une dégaine de baroudeur aux allures de beau gosse, un petit air de “Che” Guevara avec une grandeur du regard qui laisse présumer une vie pas ordinaire. »

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Dans notre premier post consacré à Marius, nous l’avions laissé fraîchement sorti de l’OSS, service de renseignement US basé à Alger (et à Berne). Il est un autre Français qui doit beaucoup aux Américains : Paul-Émile Victor. Ethnologue médiatisé dès les années 1935, quand il a réalisé un hivernage auprès des Inuits du Groenland et traversé l’inlandsis en cinquante jours – exploits feuilletonés dans le « Paris-Soir » de Pierre Lazareff – PEV rejoint, après 1940, la France libre puis l’US Air Force. C’est auprès des Américains, en Alaska notamment, qu’il découvre les techniques modernes de survie dans le Grand Nord. C’est aux États-Unis qu’il se lie d’amitié avec l’explorateur André-Frank Liotard (1905-1982). Tous deux ont un projet pour la France : relancer les expéditions polaires et s’implanter en terre Adélie, « découverte » en 1840 par un certain Jules Sébastien César Dumont d’Urville (1790-1842). Et qui l’a ainsi baptisée en hommage à sa femme, Adèle.

Pourtant exsangue, la France de Paul Ramadier approuve en 1947 le projet que lui soumet PEV. Sont nées les Expédition polaires françaises – Missions Paul-Émile Victor. Avec l’appui de Liotard, un sérieux comité scientifique voit le jour. La Marine nationale arme l’aviso polaire « Commandant-Charcot » (que PEV a bien connu), qui part à l’automne 1948… pour le Groenland, où l’on doit tester le matériel du dernier cri.

De cette campagne d’été, Mario Marret fait partie puisqu’il se retrouve à la tête de la section de radiotélégraphie.

Il participe ensuite à la campagne préparatoire devant la terre Adélie qui aboutira à la création de la base de Port-Martin, en février 1950. C’est durant le voyage que décède le caméraman J.-A. Martin. Tous les regards se tournent alors vers Marius, déjà chargé de l’installation du sondeur ionosphérique. Puisque tu es opérateur radio, tu sauras te servir d’une caméra !

Mario ne se démonte pas et… démonte pièce par pièce la caméra en bon ouvrier serrurier qu’il a été. Il la remonte. OK, je suis prêt. Et il tournera le film de l’expédition pour la plus grande joie de PEV.

Rentré en France en 1951, Marius repart illico presto pour organiser « un groupe dont la mission, écrit PEV, sera la construction d’une base nouvelle, à Pointe-Géologie, à quelque 70 km de la base principale de Port-Martin, et l’étude de la biologie des manchots empereurs, dont la rookerie de plusieurs milliers de têtes avait été découverte par la première expédition ».

(c) A. Guinault

 Manchot empereur 

Or, dans la nuit du 23 au 24 janvier 1952, le principal bâtiment de la base de Port-Martin est détruit par un violent incendie en moins d’une demi-heure. Les trois hommes qui doivent y hiverner n’ont d’autre choix que de se tourner vers Marius et sa « cabane », devenue première base de l'île des Pétrels. Après consultation de ses trois compagnons, il accepte de les recevoir tout en sachant que les vivres seront plus que comptés…

Marius a réussi à assurer des liaisons radio directes avec la France quand PEV lui annonce une réduction massive de subventions annulant la mission l’année suivante. Incité à abandonner les chiens de traîneau qui, deux saisons durant, ont assuré des raids que les engins à chenilles américains ne pouvaient effectuer, Marius obtient, via la presse, que certains huskies soient adoptés en métropole.

Paul-Émile Victor écrit ceci dans la préface de « Sept hommes chez les pingouins » : « Sans hésitation, sans précipitation, clairement conscients d’une situation précaire, qui la veille était presque confortable, ces sept hommes, groupés autour de Mario Marret, se mirent aussitôt au travail et réussirent à créer une base complète. Lorsqu’ils rentrèrent en France en 1953, ils avaient non seulement rempli leur mission, mais élargi le programme qui leur avait été initialement fixé, dans un esprit d’équipe courageux dont Mario Marret était le principal responsable. »

Ah oui ! « Sept hommes chez les pingouins » est signé Marius ! Où et quand a-t-il appris à manier si bien la plume ?

Quant à la caméra, il sait aussi la dorloter. Il remporte avec « Aptenodytes Forsteri » (nom latin du manchot empereur) le Premier Prix du documentaire au Festival de Cannes en 1953 et avec « Terre Adélie » le Premier Prix à la Biennale de Venise l’année suivante.

 

(Par parenthèses, 1954 est un excellent cru cinématographique, sont à l’affiche : Carmen Jones, Fenêtre sur cour, French Cancan, Johnny Guitare, La Comtesse aux pieds nus, La Rivière sans retour, La Strada, Le crime était presque parfait, Les hommes préfèrent les blondes, Les Sept Samouraïs, Sabrina, Senso, Tant qu'il y aura des hommes,Touchez pas au grisbi, Une étoile est née, Vera Cruz…)

Confessons-le, nous perdons un peu la trace de l’espion qui filmait le froid. Il travaille avec le producteur Fred Orain (1909-1999), à qui on doit « Jour de fête » de Jacques Tati (1949) et qui a cofondé, quatre ans plus tard, le Groupe des trente, pour défendre le court-métrage. Dans ce groupe, on retrouve notamment Alain Renais et Jacques Demy.

On dit de Marius qu’il tourne des films commerciaux pour notamment payer la pellicule destinée aux dissidences. Car l’Antarctique n’a pas refroidi ses ardeurs militantes.

Lui qui a fait ses débuts d’opérateur radio à Alger ne cache pas ses sympathies pour le FLN. Dans les premiers mois de l’indépendance, il participe aux côtés d’André Dumaître et de Pierre Clément à la création du Centre audiovisuel, installé à l’Ecole normale du château royal Ben Aknoun, d’où sortiront les premiers reportages sur l’Algérie nouvelle, manière de Cuba bis à l’époque.

Depuis 1961, la guerre fait rage dans les colonies portugaises d’Afrique. Avec Sarah Maldoror et Tobias Engel, Mario Marret est un des rares francophones à filmer ces luttes de libération. À ses risques et périls, il s’enfonce dans les mangroves de Guinée-Bissau pour filmer les maquis qui mettent en difficulté l’armée portugaise. (Alors qu’en Angola ou au Mozambique, la situation militaire sera plus favorable aux troupes de Salazar.)

En 1966 sort « Nossa terra » sur la résistance du PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, sur l’archipel créole, toute lutte armée étant impossible, les combattants du parti d’Amílcar Cabral se sont regroupés dans les jungles guinéennes).

Bien plus tard, sur les collines de Haute-Provence, Marius entreprendra la construction d’un catamaran-hôpital pour la guérilla bissau-guinéenne. La révolution des Œillets mettra heureusement fin à la guerre avant que le bateau descende des Alpilles…

En 1967, Chris Marker, qui a déjà coréalisé avec Pierre Lhomme « le Joli Mai », en 1962, supervise, sous le label Slon, le film « Loin du Vietnam », auquel participent Jean-Luc Godard, Alain Resnais, Agnès Varda, Jean Rouch, René Vautier, Ruy Guerra…

La même année, Pol Cèbe, ouvrier à l’usine Rhodiacéta de Besançon, invite le Neuilléen, au nom du Centre culturel populaire de Palente-les-Orchamps, à filmer les travailleurs qui occupent leur usine. À l’époque, coucher sur pellicule le quotidien des pue-la-sueur est exotique et quasi inédit. Par surcroît, les conditions de travail sont rudes, c’est dans l’humidité et le bruit qu’ils perdent leur vie à la gagner. Colette Magny chantera :

 

Le bagne, c’est fini
Maintenant, nos ouvriers ont du temps
À 4 heures le matin, j’ai pu admirer les étoiles
Je travaille en 4x8 à la Rhodiacéta
Mardi, mercredi, 4 heures-12 heures
Jeudi, Vendredi, 12 heures-20 heures
Samedi, dimanche, lundi 20 heures-4 heures
Repos jusqu’au jeudi matin
Juste le temps d’effacer la fatigue
Pour retourner au travail plein d’entrain
Merci Rhône-Poulenc, trust de la chimie
Premier groupe financier français
C’est grâce à toi qu’on peut s’embourgeoiser
Un dimanche sur quatre toute l’année…

Le choix de Marker n’est pas anodin. L’ancien résistant passé par l’armée américaine (lui aussi !) a dit : « Il est important que les cinéastes soient là où se fait le monde, au moment où il se fait. »

Chris Marker débarque à Besançon avec sa vieille 2 CV décapotable chargée à ras bord de matériel. Mario est bientôt du voyage. Prolo de chez prolo, il sait mettre à l’aise les ouvriers qui se confient plus facilement à lui qu’à Christian Bouche-Villeneuve (Chris M.).

Le film s’appellera « À bientôt j’espère ». Derrière ce titre énigmatique se cache cette prophétie adressée aux détenteurs du capital : « On vous aura, c’est dans la nature des choses, à bientôt j’espère. »

Le 27 avril 1968, le film est projeté dans la salle des fêtes de Palente. Et c’est le bide ! Les ouvriers ne se reconnaissent pas. On n’est pas des pleureuses. On est des combattants. On ne fait pas grève pour s’amuser, on joue nos vies. Vous n’êtes que de passage, nous, on vit et crève à l’usine.

Chris Marker ne se démonte pas : vous avez raison, on ne peut exprimer réellement que ce que l’on vit. Il propose alors aux ouvriers de se filmer eux-mêmes. Marius aura ses mots : « Nous sommes convaincus que l’audiovisuel est à la portée instantanément de tout le monde. »

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Les groupes Medvedkine sont nés. Après Besançon viendra Sochaux. Place au cinéma militant des années 1970 ! Encore tout empreint de bolchevisme : Alexandre Medvedkine est un cinéaste soviétique qui a inventé les ciné-trains qui allaient d’usine en usine pour faire et montrer des films.

Mais, ici, point de Parti, c’est la productrice Inger Servolin qui, les bobines dans le coffre de sa voiture, traverse les frontières pour aller vendre elle-même aux télévisions étrangères les films afin de financer ce cinéma indépendant. (« À bientôt j’espère » est même diffusé par l’ORTF grâce à d’Astier de La Vigerie, qui a connu Chris Marker dans la Résistance ! 

Parmi les Medvedkine de Besançon, on compte Vincent Berchoud, Juliet Berto, Pol et Zouzou Cèbe, Jean-Luc Godard, Joris Ivens, Pierre Lhomme, Colette Magny, Bruno Muel (le principal opérateur de ces groupes), René Vautier… Chris et Marius évidemment. Ils produiront neuf films : A Bientôt J’espère (1967-68), La Charnière (1968), Classe de Lutte (1968), Rhodia 4x8 (1969), Nouvelle Société n°5: Kelton (1969-1970), Nouvelle Société n°6: Biscuiterie Buhler (1969-1970), Nouvelle Société n°7: Augé Découpage (1969-1970), Le Traîneau-Échelle (1971), Lettre à mon ami Pol Cèbe (1971).

Le groupe de Sochaux réunit, entre autres fortes individualités, Antoine Bonfanti, Dominique et Christian Corouge, Michel Desrois, Théo Robichet, l’équipe du Théâtre des Habitants… Sortiront sur les écrans : Sochaux, 11 juin 1968 (1970), les Trois Quarts de la vie (1971), Week-end à Sochaux (1971-1972), Avec le sang des autres (1974), Septembre chilien (1973), le Train en marche (1971), Manuela (1968).

Hors-champ après les Orchamps, Mario ne participe pas à l’expérience sochalienne. Visiblement excédé par quelques gauchistes des beaux quartiers, il quitte les Medvedkine et adhère au Parti communiste. Au moins y trouve-t-on d’authentiques prolos. Tandis que le maoïste Godard rejoint le groupe Dziga Vertov, Mario Marret anime Dynadia (1968-1971), organisme de propagande audiovisuelle, qui deviendra Unicité, dépendant du comité central du PCF.

Et c’est dans une lettre ouverte publiée par « la Marseillaise », le quotidien phocéen du Parti, que Marius annonce renvoyer sa Distinguished Service Cross à Washington en signe de protestation contre la guerre du Vietnam.

On retrouve sa trace au ciné-club d’Apt. Le cheveu a poussé, les conquêtes féminines sont toujours aussi nombreuses (voire de plus en plus jeunes). Il est un des premiers à se mobiliser contre l’implantation des fusées sur le plateau d’Albion.

Pis, il est devenu un guérisseur par la parole.

Normal, le commandant Charcot a stimulé la vocation de Paul-Émile Victor. Et le professeur Charcot, le père du premier, a été un des maîtres de Sigmund Freud.

« Je suis analyste analyste », dit Marius, qui ne suit évidemment aucune école psy précise. Il consulte dans sa roulotte installée dans un camping de Vitrolles où logent des saisonniers. Il analyse les ouvriers de Fosse-sur-Mer. On dit sa méthode directe : il assène au patient ce qu’il croit être ses quatre vérités. Marius est haï par les psys aixois, qui se lamentent en constatant que son cabinet ne désemplit pas.

Interrogée sur France Culture, Solange Cariou, psychothérapeute aixoise, témoigne de l’obédience lacanienne de Mario Marret et de sa profonde connaissance des textes. Quand et avec quelle énergie, notre guérisseur néostructuraliste a-t-il pu s’autoformer ?

Marié depuis deux ans, notre sorcier de la parole est victime d’un AVC qui le laisse aphasique et presque incapable de parler…

Mario Marret s’éteint le 5 janvier 2000, à l’âge de 79 ans.

En 2004, l’administration des Postes émettait un timbre à son effigie dans une série consacrée aux terres australes.

timbre marret 2004

 

Les esprits chagrins pourront ironiser…

Le Vietnam réunifié est une dictature communiste au service d’un capitalisme des plus sauvages.

La Guinée-Bissau, naguère tropicalo-stalinienne et qui a chassé ses camarades capverdiens en 1980, est devenue un narco-État.

La classe ouvrière française s’est normalisée et col-blanchie, Guyancourt ayant remplacé Billancourt… Le fond de l’air n’est définitivement plus rouge !

Depuis que Super-Mario est mort, l’Antarctique a perdu 3000 milliards de tonnes de glace ! Pourtant le toit de sa station s’est en partie fissuré sous le poids de la neige…

Mais Marius, c’est surtout un destin qui nous rappelle à quel point notre Occident inégalitaire et surdiplômé bloque l’ascenseur dit social. Qui, de nos jours, pourrait passer de serrurier à cinéaste (primé), de chef d’expédition polaire à psychanalyste, même sauvage ?

Chris Marker disait donc de Mario qu’il était un Mensch.

Dans la civilisation yiddish, un Mensch est quelqu’un qui se comporte avec droiture et qui est capable d’entraîner les autres dans la voie d’une humanité toujours plus exigeante.

Mario, à là-haut, j’espère…

 Bonus

• Les Mutins de Pangée, coopérative audiovisuelle, ont récemment sorti un coffret de trois DVD comprenant les 16 films des groupes Medvedkine, accompagnés d’un livre de 170 pages. Le tout disponible pour la modique somme de 45€.

 

• Jusqu’au 29 juillet se tient à la Cinémathèque de Paris une exposition consacrée à Chris Marker, disparu en 2012. “Les Sept vies d’un cinéaste” :

 

Chris Marker : les sept vies d'un cinéaste | ARTE

Jusqu'au 29 juillet se tient à la Cinémathèque de Paris une exposition consacrée à Chris Marker, disparu en 2012. Le réalisateur français reste peu connu du grand public, mais ses admirateurs continuent à lui vouer un véritable culte tant son œuvre et ses champs d'expérimentation sont vastes.

https://www.arte.tv

 

“Les quatre vies de Mario Marret”, France Culture, mars 2016, un documentaire radiophonique de Nina Almberg et Assia Khalid :

 

Les quatre vies de Mario Marret

Collection Témoignages Un documentaire de Nina Almberg et Assia Khalid Prise de son : Laurent Macchietti, Philippe Etienne Mixage : Claude Niort Jeune opérateur radio anarchiste, il participa pendant la Deuxième Guerre mondiale à la Résistance au sein de l'OSS, le service de renseignement américain ancêtre de la CIA.

https://www.franceculture.fr

• De Mario Marret :

À lire (disponible sur le Web) : “Sept Hommes chez les pingouins”, René Julliard, Paris, 1954.

À voir :

“Terre Adélie (1951)”, Premier Prix à la Biennale de Venise de 1954 ;

“Aptenodytes Fosteri”, Premier Prix du documentaire au Festival de Cannes de 1953 ;

“Nossa terra”, de 1966, sur la résistance du PAIGC contre l’armée portugaise en Guinée-Bissau ;

“À bientôt j’espère”, avec Chris Marker, 1967… 

• À lire « Le “Che” de l’Antarctique » :

 

Le ché de l'Antarctique - Bleu Tomate le mag

A DDU, tout le monde le connaît. Mario Marret a donné son nom à l'un des sites classés Monument Historique : la base Marret. Une cabane ! Devenue le " squat " des hivernants, elle rappelle le buron de l'auvergnat où l'on vient partager un repas et le goût de l'aventure.

http://www.bleu-tomate.fr