Avec accusé de déception

23 mars 2017

Quand Audrey Vernon déraille moins que la SNCF et France Inter

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

audrey vernon censurée

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais Alain Finkielkraut ne dit pas que des bêtises, il en écrit aussi. Non, je plaisante…

La preuve, je peux être d’accord avec lui quand il déclare que « le rire contemporain ne relève plus de l’humour. Il est, entre l’injure et le crachat, une forme d’incivilité. […] Taper sur des cibles qui n'en peuvent mais, s'acharner sur les faibles, sur le physique, voilà qui définit un humour de meute et un rire barbare. Tel que défini par Kundera, l'humour est une forme assez récente du rire, caractérisée par une capacité proprement moderne à se remettre en question. C'est une sagesse de l'incertitude. Il ne faut pas confondre cet humour-là avec ses dévoiements actuels. »

Finky vise ici et aussi France Inter, où, pourtant, l’essentiel des humoristes échappe désormais – certains comme Guillon ou Porte ayant été congédiés… – à ses catégorisations.

Vendredi dernier (17 mars), je prends le bus pour aller au chagrin berlusconien, il est 6 h 55, j’écoute le Cinq-Sept de France Inter. Pour le clore, le billet de la belle et talentueuse Audrey Vernon, bijou d’humour noir anticapitaliste.

(Une artiste qui a écrit et interprété un seul-en-scène sur la vie de Karl Marx, de sa femme, Jenny, de leur ami Friedrich Engels et de la mystérieuse Helene Demuth ne peut pas être complètement mauvaise ! voir les bonus ci-dessous. Par surcroît, elle a aussi joué aux côtés de l’ex-terroriste cégéto-Contiste Xavier Mathieu « Fukushima, Work in Progress, une légende japonaise ». ) 

Mais en ce 17 mars, veille de la contre-insurrection parisienne qui aboutit à la Commune de 1871, dans mon 187, je ne souris pas.

Et ce n’est pas parce qu’au volant se pavane une feignasse de fonctionnaire ou assimilé…

(Vivement que monsieur Costard à 18 000 arrive à l’Élysée !)

Depuis le 17 mars, j’avais envie de partager la chronique de mademoiselle Vernon avec vous.

Et v’là-t’y pas que j’apprends, mercredi 21 mars, qu’elle a été retirée du replay de France Inter sur demande de la SNCF. Audrey Vernon aurait été « convoquée à un entretien préalable à sanction par la direction de la station ».

Une direction pourtant directement et dûment dirigée par une punk à chien et un éphèbe formé à Mondial moquette.

Et la France Inter de déclarer : « Vendredi 17 mars 2017, Audrey Vernon a consacré sa chronique au suicide d'un cheminot. Dans cette chronique ont été nommément cités trois membres de l'encadrement de la SNCF. »

Théboul, Huteau et Dérousseaux sont les trois membrés.

Mais vous avez de la chance. Demain, vous vous lèverez tôt ou pot-de-casterez « Cette semaine, Audrey a rencontré l'homme de sa vie » et écouterez sa chronique du 17 mars peut-être sur le site de Sud Rail. 

Le billet d'Audrey Vernon du 17 mars 2017

Je suis bien embêtée Eric, je pars en tournée, tout à l'heure en train... et la direction de la SNCF fait rien qu'à tuer des cheminots... ça va pas la tête... 2 la semaine dernière, un accident du travail et un suicide...

https://sudrail.fr

Et je suis sûr que vous aurez une pensée pour une jeune infirmière en gériatrie, voir les larmes aux yeux…

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

Les bonus du jour :

Voici le texte en question à télécharger si vous le souhaitez :

 Chronique_d_Audrey_Vernon_du_17_mars_2017 

  L'affiche de son spectacle : 

Affiche-Milliardaire-2014

Son site :


Courneuve 10 septembre 2016 Bredene 17 septembre 2016 Paris 30 septembre 2016 juin 2017 Bayonne du 2 au 5 novembre 2016 Saint-Andr de Cubzac 10 novembre 2016 Bretigny-Sur-Orge 19 novembre 2016 Meyrin 25 novembre 2016 Avon 26 novembre 2016 Bagneux 15 dcembre 2016 Paris 12 janvier 2017 Cournon d'Auvergne 20

http://audreyvernon.com

Son spectacle sur Karl et Jenny Marx : 

 La punkitude sur France Inter : 

 

 

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20 mars 2017

La “clause Ribéry” : sait nous qu’on ait les Golois!

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

 

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais j’ai la faiblesse de penser que je joue mieux de la guitare que Frédéric Fromet.

Cependant, comme auteur, je n’aurai jamais son talent. Détourneur en chef à la voix de crécelle, dont la « sexitude » est telle qu’elle a ému André Manoukian au point de le faire transpirer de la moustache, Frédéric Fromet nous enchante tous les vendredis sur France Inter vers 17h55.

Évidemment, chez nos amis belges, il y eut en janvier 2015 son « Coulibaly Coulibalot les attentats expliqués aux enfants » au charmant refrain : « Ah ah Allah akbar, les fous d’Allah sont des tocards. »

Vendredi dernier, il nous a gratifiés d’une ode à la « clause Molière » tendance Krank Ribéry.

 

Clause Molière

Frédéric Fromet s'est mis dans la peau d'un patriote favorable à la clause Molière, qui oblige à parler français sur les chantiers.

https://www.franceinter.fr

 

J’entends ce que vous disez et je n’aimeré pas vive dans vot’e épok poste modern’.

 

Truelle_pour_maçonnerie

 

 

 

 

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17 mars 2017

“Clauses Molière”, prélude à la “Clause Barbie” ?

 

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais, François Truffaut avait raison, les chansons disent souvent la vérité.

Prenez « Tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom », d’Allain Leprest. Eh bien ! ce titre s’applique aux « clauses Molière ». C’est honteux mais ça sonne bien.

 

La belle interprétation d'Olivia Ruiz

 

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En lisant « le Monde », j’ai cru, n’était-ce le calendrier, à un poisson d’avril : « Les Régions tentées par la préférence nationale. Les “clauses Molière”, qui permettent aux collectivités d’imposer le français sur les chantiers, se multiplient. »

Et puis j’ai vu que cette mesure humaniste était notamment soutenue par Valérie Pécresse, sur des décors de Vincent You, adjoint au maire d’Angoulême, et des costumes de Laurent Wauquier. Au théâtre ce soir avec l’auteur de Tartuffe.

En réalité, il s’agit de protéger les 286 025 travailleurs détachés en France (1% de la population active). Tandis que dans les bureaux de La Défense, on parle allègrement la langue (appauvrie) de Shakespeare, sur les chantiers, les 46 000 Polonais, les 44 000 Portugais et autres 35 000 Espagnols détachés doivent pour leur bien s’exprimer dans celle de Molière. Et moi qui pensais ce fût une mesure raciste, inapplicable et démagogique.

Président de la Confédération des petites et moyennes entreprises et ancien vice-président de la Fédération française du bâtiment, François Asselin nous rassure : « Courant 2017, l’ensemble des salariés du bâtiment vont être équipés de cartes d’identification numériques. Un contrôleur pourra vérifier, à l’aide d’un Smartphone [en français, ordiphone], si la personne est en règle pour travailler sur un chantier en France. »

D’aucuns pourraient dire que ces « clauses Molière » prouvent, comme l’affirme Elisabeth Morin-Chartier, pourtant députée européenne (LR), qu’elles constituent « le piège du repli nationaliste dans lequel le FN veut enferrer notre pays ».

Personnellement, je pense que c’est encore plus grave. N’est-ce point le triomphe du petit Blanc, du prolo franchouille ou du récent immigré qui referme la porte derrière lui ?

Je me souviens du 24 décembre 1980 quand un commando conduit par le maire « communiste » de Vitry-sur Seine, Paul Mercieca, a saccagé à coups de bulldozer un foyer abritant 300 immigrés maliens (tous des hommes).

« Joyeux Noël, les Bamboulas ! » 

Non, mais c’était au nom de l’internationalisme prolétarien…

Foyer malien à Vitry

Graves incidents mercredi à Vitry sur Seine où un foyer qui devait accueillir 300 immigrés maliens a été saccagé par un commando d'une cinquantaine de personnes conduites par le maire communiste de Vitry, Paul MERCIECA.

http://www.ina.fr

Alors comment ne pas songer à Jacques Prévert, un temps compagnon de route du PCF, qui a signé en 1951 « Étranges étrangers » ? Mort en 1977, il n’a pas assisté à ce triste Noël glacial.

 

Dans cette vidéo ci-dessous, cet ancien membre du Groupe Octobre récite lui-même son poème, accompagné par le génial guitariste Henri Crolla… un putain de Rital qui fricotait avec les Manouches de la zone.

 

Etranges étrangers de Jacques Prévert

La longue période de crise que nous vivons fait ressurgir toutes les peurs dont se nourrissent les discours xénophobes et la recherche de bouc-émissaires. Le poème de Jacques Prévert, Etranges étrangers paraît en 1951 dans le recueil Grand bal de printemps.* En...

http://www.paris-a-nu.fr

 

 Etranges étrangers

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes de pays loin
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d'Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d'Aubervilliers
Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
Au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
Embauchés débauchés
Manœuvres désœuvrés
Polaks du Marais du Temple des Rosiers


Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
Rescapés de Franco
Et déportés de France et de Navarre
Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
La liberté des autres

Esclaves noirs de Fréjus
Tiraillés et parqués
Au bord d'une petite mer
Où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
Qui évoquez chaque soir
Dans les locaux disciplinaires
Avec une vieille boîte à cigares
Et quelques bouts de fil de fer
Tous les échos de vos villages
Tous les oiseaux de vos forêts
Et ne venez dans la capitale
Que pour fêter au pas cadencé
La prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
Dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
Jongleurs aux innocents couteaux
Qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
De jolis dragons d'or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
Qui dormez aujourd'hui de retour au pays
Le visage dans la terre
Et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
La monnaie de vos papiers dorés
On vous a retourné
Vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers

Vous êtes de la ville
Vous êtes de sa vie
Même si mal en vivez,

Même si vous en mourez

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

Bonus rien que pour vous !

14 mars 2017

De Corse à Beg-ar-Fry, par le bout du nez

 

 

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

 

À la mémoire de Michel Guinault, dans la bibliothèque duquel j’ai trouvé “la Résistance en Bretagne”

 

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Ce n’est pas pour faire mon malin, mais Économe, le couteau éplucheur, est une marque déposée et écumoire, féminin. J’y pense à chaque fois que j’essaie de décrypter l’information.

Épluchons, filtrons.

Sur Arte, vous pouvez encore voir « Mafia et République » , réalisé par Christophe Bouquet, sur un scénario de Vanessa Ratignier, Christophe Nick et… Pierre Péan. Un triptyque des plus instructifs malgré quelques raccourcis historiques.

 

ARTE+7 | Mafia et République (1/3)

L'histoire complexe et occultée de la mafia corse, qui a prospéré à partir de la fin des années 1920 avec la complicité de l'État français. En trois volets, cette série documentaire ausculte les liens scélérats qui ont uni mafieux corses et politiques de tous bords sur trois générations.

http://www.arte.tv

 

La mafia corse et la République française, vaste programme ! comme aurait dit l’employeur de Charles Pasqua au SAC. De Gaulle, pas Étienne Leandri…

Dans ces formidables documentaires, nous croisons le « communiste », futur « national-socialiste », Simon Sabiani, homme politique tout-puissant qui, pour contrôler Marseille, s’appuya sur le clientélisme et Paul Carbone, au physique plus ingrat que celui de Delon dans « Borsalino ». Y sont évoqués Saigon la corse, la morphine base raffinée à Bandol, les réseaux de femmes esclaves réduites à la prostitution au Caire ou dans le port franc de Tanger.

Tentaculaire, la diaspora corse constituait alors l’épine dorsale de l’administration coloniale française. Un vrai modèle pour Cosa Nostra, qui fera de Cuba sa Marseille.

Étienne Leandri se rappelle à notre bon souvenir. Gigolo, trafiquant de drogue, gestapiste à ses heures, il finit par se réfugier en Italie, où ce futur mentor de Pasqua côtoie Lucky Luciano avant d’être repêché par la CIA.

Eh oui ! avant la Guerre froide, il y eut la Guerre tout court.

Paul Carbone verse dans la Collaboration. Tino Rossi chante « Ave Maria » à ses obsèques en 1943 parmi les miliciens et les ecclésiastiques maréchalistes…

 

Leandri fricote avec la Carlingue, la Gestapo française, tout en protégeant certains juifs, dont Georges Cravenne. On ne sait jamais…

Les frères Guerini, Antoine et Barthelémy, rejoignent le réseau de résistance Brutus, dirigé par l’avocat socialiste Gaston Defferre, par ailleurs à tu et à toi avec Jean Moulin.

Quant à Marcel Francisci, surnommé, dans les années 1960, « Mister Heroin » aux Etats-Unis, c’est un gaulliste de la première heure… Député RPR, prodigue en emplois de croupiers dans le cercle Wagram, il s’éteindra en 1982. Ses obsèques seront dignes d’une scène du « Parrain ».

Entre-temps, il y eut la French Connection (20 tonnes d’héro livrées chaque année aux States, pour 1,5 milliard d’euros actuels), l’Opération X en Indochine, la guerre des cercles de jeux (blanchisseries à ciel couvert d’argent sale), le Congo prosoviétique mais néanmoins pétrolifère, le Gabon (troisième département corse), les casses et les assassinats perpétrés par le SAC, dont la branche marseillaise fut un temps dirigée par Charles Pasqua (encore lui !).

N’oublions pas l’affaire Marković, Alain Delon (encore lui !) et un Pompidou blessé que sa « Bichette » soit traînée dans la boue par des proches de… Pasqua (encore lui !).

Richard Nixon somme alors la France de combattre la française connexion entre le parti gaulliste, les services de renseignement et le syndicat du crime corse. Pompidou procède au nettoyage sans forcément savoir que la future victime washingtonienne du Watergate profite de la guerre contre la drogue pour désigner à l’Amérique WASP l’ennemi déjà post-communiste : les Black ! Mais cela est une autre histoire…

Par son affable secrétaire particulier aux cheveux poivre et sel, Étienne Leandri nous est présenté dans « Mafia et République » comme un homme au regard doux qui n’a pas besoin de prouver sa puissance. Le jeune quinqua n’a-t-il pas vu un des directeurs d’une grande banque française implorer son patron à genoux ? De Niro, sors de ce corps !

Leandri, un des personnages de l’ombre les plus influents de la Ve République, qui a représenté les intérêts de Thomson-CSF, ELF, GMF, Dumez et Lyonnaise et Générale des Eaux, s’éteint en 1995, quelques mois avant François Mitterrand.

Épluchons, filtrons…

On peut lire sur la Toile que Leandri, dit le Petit Monsieur
(1,83 m), avait ses entrées à l’Élysée.

Épluchons, filtrons…

Florentin, Mitterrand demeurera sulfureux pour longtemps…

Parlez-en à Pierre Péan, co-auteur dudit triptyque, dont « Une jeunesse française » fut le plus grand succès. (Tonton fit beaucoup pour l’édition hexagonale.)

Puis-je être un brin polémique ?

Depuis peu, je me méfie de certaines personnes de Sablé-sur-Sarthe, terre d’emplois fictifs et de cette hypocrisie provinciale qui faisait la joie de Claude Chabrol. Péan y vit le jour en mars 1938. Brillant journaliste d’investigation, mon confrère m’a parfois déçu, voire pire…

Notamment quand il écrivit « Noires Fureurs, blancs menteurs », sur le Rwanda. Un brûlot complotiste reprenant la thèse d’un double génocide à l’origine duquel serait le FPR tutsi !

« Une jeunesse française » fut donc le plus gros best-seller de Pierre Péan, qui se défendit d’avoir été parfois mal compris par les médias. Enfin, il avait quand même révélé que le futur premier président socialiste de la Ve avait été décoré de la francisque par le Maréchal… Le scoop de la mort !

« Quelle est la signification de Beg-ar-Fry, monsieur Mercier ?

– Eh bien ! en breton, ça veut dire “le bout du nez”. »

Celui qui pose la question n’est autre que le colonel Rémy, une des recrues les plus fameuses du BCRA, les services de renseignement de la France libre.

Louis Mercier était un résistant finistérien. Dans « la Résistance en Bretagne » (éditions Famot, Genève [en pays neutre ?] 1974), Gilbert Renault, alias Raymond, Jean-Luc, Rémy… écrit qu’en janvier 1944, Louis s’apprête à accueillir à la pointe de Beg-ar-Fry un jeune Français venu d’Angleterre qu’il doit convoyer jusqu’à la gare de Morlaix. L’interview date de 1969 : « Vous ne savez pas qui c’était ? Oh ! je n’ai appris ça que par la suite… Eh bien ! c’était François Mitterrand, qui vient de faire tellement parler de lui à propos de cette révolution qu’on a bien cru avoir au mois de mai dernier. » En Mai 68 !

« À ce qu’on m’a dit, il était allé en Angleterre en passant par l’Espagne, et il revenait en France pour je ne sais trop quelle mission. Mais, pour nous, c’était seulement “Jacques”. […] Là-dessus, il me raconte qu’il avait été à Vichy et que le maréchal Pétain lui avait remis la francisque… » Le plus naturellement du monde…

Ah ! l’écume médiatique !

« Beg-ar-Fry », par le bout du nez…

 

Il vous reste vingt-cinq jours pour voir ou revoir « Mafia et République ».

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

 

08 mars 2017

8 mars 1917 : quand Apollo Creed danse avec Emma Goldman

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

1917

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais je ne goûte guère le cynisme de nos contemporains adeptes du despotisme éclairé. Ce qui ne se justifiait déjà pas du temps de Voltaire relève aujourd’hui de l’anachronisme cryptocolonialiste. J’abhorre les quelques ceux qui pensent que certaines « peuplades », par exemple subsahariennes, arabes ou asiatiques ne sont pas mûres pour la démocratie. Il leur faut un dictateur, comme autrefois aux jeunes Français, une bonne guerre. Ah oui ! j’allais oublier les Russes. Entre le tsar, Lénine, Staline et maintenant Poutine, ils ne comprennent que le knout.

Quand même, ils sont bizarres, les Russkofs, comme disait Cavanna. N’ont-ils pas inventé la troïka, le seul attelage où les chevaux courent à différentes allures tout en maintenant le cap ?

Et puis, ils embrouillent tout le monde. Leur révolution d’octobre a eu lieu en novembre, enfin, le novembre de notre calendrier grégorien. Et celle de février a débuté le 8 mars. Aujourd’hui !

Dans « le Ressentiment dans l’Histoire », l’excellent Marc Ferro décrit ainsi cette « révolution intégrale » : « Dans son élan, la révolution de février 1917 fut la plus intégrale de tous les temps. Pourtant, la postérité a retenu comme telle la révolution d’Octobre parce que celle-ci a duré. Également parce qu’elle a inscrit dans l’Histoire le projet socialiste, c’est-à-dire une transformation de la société au vu de la Raison héritée des Lumières.

Il reste que, dans sa spontanéité, la révolution de février fut la réponse immédiate à des aspirations que portaient en elles les populations de Russie.

Mais seulement de Russie ?

On en jugera.

À Moscou, des travailleurs obligèrent le patron de leurs usines à apprendre les fondements d’un futur droit ouvrier. Aux armées, les soldats invitaient leur aumônier à assister à leurs réunions, pour qu’elles donnent un sens à sa vie. Dans la province de Penza, les moujiks demandaient à leur propriétaire combien il avait d’enfants, pour pouvoir partager équitablement ses terres. À Odessa, les étudiants de l’université dictaient à leur professeur d’histoire ce que devait être le programme de leurs études.

Il n’était pas jusqu’aux enfants qui n’aient revendiqué, “pour les moins de quatorze ans, le droit d’apprendre la boxe pour se faire entendre des grands”.

C’était le monde renversé.

Ce fut la suite de quelques événements mémorables.

Dès la chute du tsar Nicolas II, après les cinq jours où la capitale s’était soulevée contre l’autocratie, la pénurie, les défaites, et où les soldats désobéirent à leurs officiers en refusant de tirer sur les manifestants, le pays tout entier fut agité par une effervescence frénétique et enthousiaste sans pareille.

En quelques semaines, la société se débarrassa de tous ses dirigeants : le monarque et ses hommes de loi, la police et les prêtres, les fonctionnaires et les patrons… Chaque citoyen se sentit libre, libre de décider à chaque instant de sa conduite et de son avenir.

Comme les chantres de la révolution l’avaient annoncé, on entrait dans une ère nouvelle de l’histoire des hommes. »

La Grande Russie durant quelques mois fut le pays le plus libre du monde. Et puis après…

Libertaire russo-américaine, Emma Goldman arriva « après ». D’abord sympathisante des bolcheviques, elle les combattit ensuite comme elle avait combattu les rabbins qui avaient voulu l’empêcher de s’épanouir à la Betty Boop. « If I can’t dance I don’t want to be part of your revolution. »

Alors une spéciale dédicace à ma compagne, Anne, et à notre amie Nadja, qui n’ont jamais vu un film de Rocky ni dansé tel Apollo Creed sur le ring au son de James Brown… allez la video rien que pour vous ou presque :


et quelques photos :

Manifestation des femmes à Petrograd en février 1917

Manifestation des femmes à Petrograd en 1917

 

Scènes de fraternisation entre soldats et ouvriers à Petrograd en 1917 

Scènes de fraternisation entre soldats et ouvriers à Petrograd en 1917

 

Emma Goldman

Emma Goldman 

 

The affiche

The affiche !

 

28 février 2017

La tarentelle du grand Cabu

 

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais quand j’étais adolescent, je ne pouvais souffrir Charles Trenet. Vieux chanteur au dentier impressionnant, au passé vaguement maréchaliste, à la réputation sulfureuse d’amateur d’éphèbes frôlant la majorité civile.

Et puis un samedi soir, j’ai entendu Maxime Le Forestier interpréter « la Folle Complainte ».  Chanson ésotérique et troublante s’il en est. Au regretté « Tribunal des flagrants délires », ce fut au tour de Léo Ferré de livrer seul au piano une version étonnante de « Que reste-il de nos amours ? ». Un instant magique. Enfin, je découvris que Trenet était (avec Tino Rossi, mais oui, sans doute pour la guitare…) l’idole de tonton Georges. Avez-vous jamais entendu « Au grand café » chanté par Brassens ?

Séance de rattrapage : 

  

Alors, l’adolescent a changé d’opinion sur le Fou chantant, celui qui notamment osait entamer « Douce France » sous l’Occupation, qui refusa de se produire devant les « casqués », qui, après un détournement de mineur de 20 ans, a demandé de sortir de prison en plein jour et devant les caméras de télévision…

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Par Georges Seguin (Okki) — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6319072

Puisque nous sommes mardi gras, vous proposerais-je d’écouter « la Tarentelle de Caruso » interprétée par Cabu ? Allez sur ici :

Cabu " Tarentelle de Caruso "

Une chanson de Charles Trenet (paroles et musique) interprétée par un de ses plus grands fans : le dessinateur Cabu, par ailleurs papa de Mano Solo, assassiné ce 7 janvier 2015 lors d'une confLire la suite sur NosEnchanteurs, votre Quotidien de la Chanson.

http://www.nosenchanteurs.eu

À Venise, ville exquise,
J'arrivai pour le carnaval
À l'auberge de la berge
Je laissai dormir mon cheval

Comme le disait le père du Beauf, quand on écoute une telle chanson le matin, on peut être sûr que la journée ne saurait être mauvaise.

 

Le 7 janvier 2015, « la Tarentelle » n’était pas sur la playlist de Jean…

 Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

 

 

22 février 2017

Simone Weil et le travail

 

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Philosophe marxiste, Simone Weil était partie travailler en usine pour mieux comprendre la réalité ouvrière.


Dans son journal d'usine, elle écrit qu'il importe véritablement « non seulement que l’homme sache ce qu’il fait, mais si possible qu’il en perçoive l’usage, qu’il perçoive la nature modifiée par lui. Que pour chacun son propre travail soit un objet de contemplation ».


Et comme beaucoup de nos contemporains, on ne contemple rien…

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