Avec accusé de déception

26 avril 2017

Tchernobyl par Agnès Bihl

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais je n’aime pas la citation de Clemenceau : les cimetières sont pleins de gens irremplaçables, qui ont tous été remplacés. Eh bien ! non ! D’abord chaque être humain est unique.

Par exemple, j’ai la faiblesse d’aimer les chansons. Alors quand le beau Matthieu Gallet a eu la peau de Philippe Meyer sur France Inter, j’étais inconsolable et le suis toujours. Fini « La prochaine fois, je vous le chanterai ».

Or, le « toutologue » m’a notamment fait connaître (à moi et à des millions d’auditeurs) Agnès Bihl.

Affiche de son concert en 2016

Et comme nous sommes le 26 avril et que c’est la Saint-Tchernobyl, je me permets de vous proposer “Silence, on meurt”.

Pour l'écouter et la voir :

Si l'image est dure, la réalité l'est bien plus...

 

Vous voulez les paroles ?

Alors cliquez sur ce lien : Paroles___Silence__on_meurt_d_Agne_s_Bihl

Je me permettrai aussi de vous recommander cet article du “Monde” :

 

A Tchernobyl, " il faut agir avant qu'il ne soit trop tard "

Trente et un ans après la catastrophe nucléaire, rien n'est prévu pour démanteler le réacteur ukrainien sinistré. Le 26 avril 1986, le réacteur n° 4 de la centrale de Tchernobyl explosait, provoquant la plus grave catastrophe de l'histoire de l'atome civil.

http://www.lemonde.fr

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

 

Bonus :

Les "peaudecastes de l'émission" La prochaine fois, je vous le chanterai, sont toujours en li-gne, profitez-en !

 

La prochaine fois je vous le chanterai par Philippe Meyer - France Inter

La prochaine fois je vous le chanterai par Philippe Meyer . Retrouvez le podcast et les émissions en réécoute gratuite.

https://www.franceinter.fr

 

 

 

 

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21 avril 2017

1933, élections, piège à nazillons ?

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais j’abhorre le mépris de classe. Et je n’évoquerai pas ici l’accueil condescendant réservé dans les médias au fordiste trotskisant Philippe Poutou, l’homme au « marcel »… (Entre « Yann Moix, je… » et «  Ferme ta gueule, Luc Ferry ! » cher à François Morel, les arbitres de l’élégance en manquent de toute évidence…) 

 

 

Mon poil se hérisse quand j’entends énoncer qu’en France, les ouvriers – j’inclurais ici les prolos du secteur tertiaire évidemment – votent majoritairement Front national.

(Historiquement et au passage, rappelons que le Front national était un mouvement de la Résistance d’obédience PC.)

Ces idiots de smicards seraient donc passés de Georges Marchais à Marine Le Pen. D’un populisme l’autre…

Et tant pis si l’abstentionnisme demeure en réalité le parti favori des plus… défavorisés.

J’ai même entendu dire récemment – mais je ne dénoncerai personne – que les prolos, forcément tous un peu limités, auraient même permis l’élection d’Adolf Hitler en 1933.

Les extrêmes se rejoignant comme les parallèles dans l’Univers du juif Albert Einstein, l’homme de gauche germanique a naturellement fini par voter pour le NSDAP, le Parti ouvrier allemand national-socialiste.

Une vérité compliquée est plus difficile à assimiler qu’un mensonge simple. 

Rappel des faits…

Le parti social-démocrate allemand (SPD) est avant la Première Guerre mondiale le plus grand parti socialiste au monde. Plus d’un million d’adhérents, des écoles du parti, un quotidien, « Vorwärts » (« En avant »), 15 000 permanents…

Une véritable contre-société, d’où la révolution mondiale ne peut que démarrer. (Même les Russes, bolcheviks ou mencheviks, le reconnaissent, qui vouent au parti allemand une vénération sans bornes.)

En 1918, les désertions de masse, prélude à la Révolution allemande, précipitent la fin de la guerre.

Friedrich Ebert

Source : Bundesarchiv

Dès le 9 novembre 1918, le socialiste Friedrich Ebert hérite du pouvoir légal tout en dirigeant le Conseil des commissaires du peuple. Un pied au Reichstag, un autre dans la révolution ou presque… puisque au prince et chancelier Maximilien de Bade, il déclare : « Je hais la révolution autant que le péché. »

Et le voilà qui signe un pacte avec les hauts dignitaires militaires, ce qui précipite la révolution de novembre.

Socialistes révolutionnaires et de gouvernement ne tardent pas à s’affronter. Le vieux SPD vole en éclats : « légitimistes », indépendants, spartakistes…

Karl und Rosa

Source : ici

Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés par les corps-francs de Waldemar Pabst, avec la bénédiction du commissaire du peuple à la Guerre, le socialiste Gustav Noske. Lequel assume sa besogne de « chien sanguinaire » (Bluthund).

Pour le coup, la gauche (bientôt divisée entre communistes orthodoxes, oppositionnels, conseillistes, socialistes de gauche, de droite) devient irréconciliable.

Ajoutez à cela un Traité de Versailles lourd de coups de grisou et la béchamel infernale commence à prendre.

Alors Hitler, élu démocratiquement par des prolos dummköpfe ?

Élections législatives de mai 1928 : SPD : 29,8%. KPD (communistes orthodoxes) : 10,6%. Nazis : 2,6%.

(L’armée allemande se reconstitue en partie grâce à l’Union soviétique…)

Krach de 1929 : la République de Weimar plonge derechef dans la crise.

Élections législatives de septembre 1930 : SPD : 24,5 %. Nazis : 18,3 %. Staliniens : 13,1%.

(Le NSDAP fait une belle percée, notamment dans les campagnes… Sous l’impulsion de Staline, moscoutaires et nazis feront parfois et de concert le coup de poing contre les « sociaux-traîtres ». Le Petit Père des peuples prend les séides de Hitler pour des amateurs dont il sera aisé de se débarrasser…)

Présidentielle de mars 1932 : vote utile ! Déjà !

Premier parti d’Allemagne, le SDP ne présente pas de candidat afin de faire barrage à Hitler et soutient le bon maréchal Hindenburg. Lequel devient président avec 49,5% des suffrages.

Les six millions de chômeurs apprécient moyennement le lâchage en règle émanant du plus grand parti socialiste au monde…

Tout naturellement, aux élections législatives de juillet de la même année, le SPD cesse d’être la première force dans les urnes. La droite et ses alliés nazis réalisent leurs meilleurs scores sous Weimar !

Le NSDAP refuse des postes ministériels… C’est la chancellerie ou rien.

Novembre 1932 : l’abstention est en hausse. Les staliniens arrivent pour la première fois en tête à Berlin avec 31% des suffrages (26% aux nazis et 23,3 % au SPD).

Et le NSDAP recule !

Oui, il recule, passant de 37,4% à 33,1%. Selon l’historien Ian Kershaw, un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’ère hitlérienne, les électeurs de droite commencent à se lasser de l’antisémitisme maladif du peintre autrichien. « Nez crochus et oreilles pointues » ne sont pas responsables de tout !

Le 30 janvier 1933, bien que minoritaire, Adolf Hitler est nommé chancelier du Reich par le bon président Hindenburg avec la bénédiction des milieux financiers, industriels, de l’armée et des catholiques « intégristes ».

Hitler s'incline devant Hindenburg le 21 mars 1933

CC / German Federal Archive

Le 5 mars 1933, les élections qui se déroulent sont non démocratiques. Les nazis se rendent maîtres de la rue tabassant indifféremment socialistes, trotskistes, conseillistes (qui prônent l’abstention), staliniens… Bref, les judéo-marxistes.

Même ainsi, la clique d’Adolf ne parvient pas à obtenir la majorité absolue. Mais seulement 43,9% des voix !

Le 23 mars, le Reichstag vote les pleins pouvoirs à Herr Hitler. Le monde en prend pour douze ans !

Que vous alliez voter ou non dimanche, vous aurez droit la semaine prochaine à une seconde partie consacrée à l’opposition ouvrière sous le IIIe Reich. Car le pauvre régime hitlérien n’est jamais parvenu à séduire un prolétariat élevé au lait d’une social-démocratie quasi séculaire même si fragmentée.

 

Bis bald, meine Freunde.

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place. 

 

 

19 avril 2017

1947, 1917, 1897, compte à rebours malgache

 

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais, habitant Cachan, du plus loin qu’il me revienne, je suis toujours allé à l’école avec des Malgaches. Il faut dire que dans ma ville, il est un foyer universitaire malgache depuis 1962, inauguré par le premier chef de l’État de la République indépendante de Madagascar, Philibert Tsiranana.

carte de Madagascar

Source : www.carte-du-monde.net

Source : http://fum.arago.free.fr/spip.php?rubrique6

source : ici

Or, on peut vivre au contact d’une communauté sans rien connaître de son histoire.

La première fois que j’ai entendu parler de Ranavalona, c’était à Salvador, Bahia, Brésil. Le groupe Olodum consacrait alors un samba-reggae à la dernière reine de Madagascar.

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Reine Ranavalona III

Source : University of Southern California Libraries

 

 

1947, 1917, 1897… Comme un compte à rebours.

1947 – En janvier, le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), tenant de « l’indépendance dans l’Union française », fait élire trois députés à l’Assemblée nationale : les docteurs Joseph Ravoahangy et Joseph Raseta, Jacques Rabemananjara (futur Grand Prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre décerné par l’Académie français en 1988).

L’ancien résistant devenu vice-président du Conseil, le MRP Paul-Henri Teitgen s’irrite : « S’il y avait eu dans la métropole une formation fasciste, on en demanderait la dissolution. N’en fera-t-on pas de même dans les territoires d’outre-mer ? »

Comme à Sétif, les nationalistes sont vus comme des agents du néohitlérisme.

Le bon Vincent Auriol confiera au pasteur La Gravière, du MRP, venu l’entretenir de la torture sur la île Rouge : « J’ai connu Ravoahangy et Raseta, je me suis tout de suite empoigné avec eux dès le premier jour, et la faiblesse de Coppet [gouverneur socialiste], c’est de leur avoir donné des voitures avec des cocardes tricolores, ce qui laissait apparaître qu’ils étaient les rois et les successeurs de la reine Ranavalo. »

Le contexte est un peu spécial cette année-là : les communistes, encore au gouvernement, refusent de voter les crédits pour la guerre d’Indochine. Le Maroc s’agite, la Guerre froide se réchauffe, des centaines de tirailleurs malgaches rentrent au pays après avoir libéré « l’amère patrie »…

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Stèle de la commération du 29 mars 1947 à Moramanga

Par Robin Taylor de Bamako, Mali — Flickr, CC BY 2.0

Le 29 mars éclate à Madagascar une immense insurrection qui est encore mal connue mais qui n’a pas été désirée par le MDRM. Alertées par leurs services de renseignements, les forces armées, bien que peu nombreuses, contrôlent assez vite le terrain, notamment grâce aux tirailleurs dits sénégalais. Néanmoins, s’il y a bien des morts du côté des Français, ce sont les Malgaches qui sont les principales victimes. En 1949, l’état-major français avance le chiffre de 89 000 morts. Est-ce plus ou moins ?

Petite nouveauté, on s’essaie à la guerre psychologique, on n’hésite pas à précipiter vivants des prisonniers depuis des avions. Méthode qui sera enseignée aux militaires argentins par les « nôtres » dès la décennie suivante.

En 1948, leur immunité parlementaire ayant été levée, Ravoahangy et Raseta sont condamnés à mort, Rabemananjara, aux travaux forcés. Ils ne seront graciés qu’en 1956 !

Terrorisés, affamés, décharnés, les derniers « rebelles » malgaches quittent la forêt en 1958…

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La reine a séjourné au "Grand-Hôtel" à Arcachon en 1901

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La reine a fait une promenade sur le bassin d'Arcachon à bord du bateau "L'Oasis"

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1er février 1899 : la reine Ranavalona III quitte La Réunion, à bord du « Yang-Tsé ». Elle fera une escale à Marseille avant sa destination finale : l’Algérie. Illustration extraite de : "Le Petit Parisien".

1917 – Après un exil à La Réunion, un séjour presque doré à Arcachon, Ranavalona III meurt à Alger. Bien que dernière reine de l’île Rouge, elle a été privée de ce titre par le général Gallieni, gouverneur de l’île (qui n’a pas que donner son nom à des rues ou des carrefours). Elle n’est plus que reine des Houva (prononcez Houve), un des peuples de Madagascar.

1897 – Dans la nuit du 28 février, la reine et ses proches sont arrêtés par un « commando » de Gallieni. Suivie par 700 fidèles, la jeune Ranavalona Manjaka III (26 ans seulement) descend vers le littoral.

La suite, vous la connaissez. 

Madagascar est de nos jours un des pays les plus mal en point du globe. Il y a certainement des raisons endogènes à cela (le royaume de Ravanalona n’était pas un paradis, le travail forcé existait avant les Français). Il y en a aussi d’exogènes…

Entre 1883 et 1885, les Français ont mené une guerre de conquête contre Madagascar qui s’est soldée par « notre » défaite. Qu’à cela ne tienne, le royaume doit emprunter auprès du Comptoir national d’escompte de Paris 10 millions de francs, histoire d’indemniser la France. Pis, un traité impose à l’île Rouge de vastes concessions.

Une seconde guerre éclate : cette fois, les Français entrent dans Antanarivo en novembre 1895. La « pacification » commence. Elle fera entre 100 000 et 700 000 morts. Les hommes de Gallieni récompensent les chefferies locales qui les ont aidés. On réquisitionne la main-d’œuvre, les paysans doivent se salarier dans les concessions pour s’acquitter de l’impôt, le travail forcé s’envole tandis que les cultures vivrières font place aux produits d’exportation. Les Malgaches paient pour leur colonisation !

En 1901, les gentilles têtes blondes d’une école d’Arcachon adresse ce poème à une exilée à « la grâce onduleuse » : 

Salut, Ranavalo ! Salut gentille Reine !
Le soleil d’Arcachon, comme à Madagascar,
Fait briller sur tes traits ta Majesté sereine
Semant de diamants ta robe de brocart.

Va ! Ne regrette rien. Sois à jamais Française !
Adopte les couleurs de notre cher drapeau.
Aime notre pays, car tout chagrin s’apaise ;
Le sceptre pour la femme est un bien lourd fardeau. 

 

Cher à Rudyard Kipling, le fameux fardeau de l’homme blanc n’était décidément pas si lourd que ça !

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

 

 

PS : et puisque tout finit en chanson, savourez l’excellentissime Solo Razafindrakoto, le Django de Mada !

 



 

Pour en lire plus : « Contribution à l’histoire de la nation malgache », de Pierre Boiteau, Éditions le Temps des cerises.

« L’Insurrection malgache de 1947 », de Jacques Tronchon,  Karthala, 1986.

« Massacres coloniaux, 1944-1950 : la IVe République et la mise au pas des colonies françaises », d’Yves Benot, La Découverte/Poche, 2001.

05 avril 2017

“Et malgré-vous, vous r’deviendrez français”

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais dans « le Monde » du 15 mars dernier, je suis tombé sur l’article « Un “mur des noms” de la guerre de 39-45 crée l’émoi » : « En Alsace, un monument va mêler victimes civiles et militaires, ainsi que les “malgré-nous” enrôlés dans les SS ». Diantre ! « Lancé en 2008, ce projet d’un montant de 1,2 million d’euros, financé par la région Grand-Est, répondait à une demande des associations des descendants de “malgré-nous”, gardiennes de la mémoire des 134 000 Alsaciens et Mosellans incorporés sous la contrainte dans les rangs des formations militaires du IIIe Reich. Près de 30 000 d’entre eux furent tués, le plus souvent sur le front de l’Est. »

 

En Alsace, un " Mur des noms " pour rendre hommage aux victimes de la seconde guerre mondiale crée l'émoi

A Schirmeck, dans le Bas-Rhin, un monument va regrouper les noms de 52 000 soldats, déportés juifs, résistants, civils mais aussi de " malgré-nous " enrôlés dans la Wehrmarcht et la Waffen-SS. Le Monde | * Mis à jour le | Par Antoine Flandrin Le Mur des noms des victimes alsaciennes et mosellanes de la seconde guerre mondiale sera inauguré, à Schirmeck (Bas-Rhin), en 2018.

http://www.lemonde.fr

Professeur à l’université de Strasbourg, Philippe Breton resitue bien le débat : « Avoir été un authentique enrôlé de force dans les Waffen-SS, sous la menace, y compris de la déportation des familles, ne dispense en rien de la responsabilité morale des actes commis par certains. Peut-on faire figurer sur un même monument les noms de résistants, de déportés et de personnes dont on ne sait pas s’ils ont pris part à des crimes contre l’humanité ? »

Terrible histoire que celle de l’Alsace-Lorraine.

Nous savons qu’à Oradour-sur-Glane des SS alsaciens ont aussi massacré des réfugiés alsaciens…

Oradour-sur-Glane-Entrance-1361 Public domain. Photographe :(Dennis Nilsson)

Mais derrière ces tragédies se dissimulent deux tabous de l’Histoire… (J’emprunte évidemment le mot tabou à Marc Ferro, auteur des «  Tabous de l’Histoire », éd. Nils, Paris, 2002.) Deux tabous donc : le spectre d’un référendum voulu par les seuls communistes et la germanophilie de beaucoup d’Alsaciens-Lorrains…

Ainsi qui se souvient que la Section française de l’Internationale communiste (le PC pas encore PCF) réclamait, au début des années 1920, un référendum d’autodétermination pour l’Alsace-Lorraine ?

Dans « Histoire intérieure du parti communiste 1920-1945 », Philippe Robrieux écrit : « On notera l’utilisation sur le Parti d’une formulation souvent utilisée par les Allemands : “L’Alsace-Lorraine”, quand l’opinion publique et les milieux gouvernementaux de France, disent, eux, “l’Alsace et la Lorraine”. On notera aussi que l’“on” choisit au congrès de Saint-Denis pour lire [l’adresse fraternelle du Parti aux travailleurs d’Alsace-Lorraine] Marcel Cachin… qui avait pleuré à la fin de la guerre lors de l’entrée triomphale des Français à Strasbourg. »

Restons à Strasbourg…

Charles Hueber, Archives départementales du Bas-Rhin, 32 Fi 19 By Pierre67430 CC

Élu député communiste en 1924, puis maire de Strasbourg cinq ans plus tard, Charles Hueber dénote par son soutien à l’autonomisme alsacien. Cet ancien membre du soviet de Strasbourg s’exprime à la Chambre des députés dans la langue de Goethe !

Mais il est bien trop tard, les troupes d’occupation françaises ont depuis 1919 invalidé de fait tout référendum d’autonomie.

Revenons deux ans plus tôt et cédons naturellement la parole à Marc Ferro : « Une heure de vérité sonne en 1917, lors de la révolution de février en Russie : les populistes et les mencheviks au pouvoir avec Kerenski et Ceretelli reçoivent en grande pompe les socialistes français venus saluer la révolution démocratique. Parmi eux, il y avait Marcel Cachin, qui allait devenir communiste plus tard, et Albert Thomas, ministre du gouvernement Ribot. Ils venaient surtout encourager les Russes à continuer la guerre. Or, un des obstacles à la paix était la revendication de la France qui demandait le retour de l’Alsace-Lorraine. En bons démocrates, les socialistes russes ont dit à Albert Thomas : “Organisons un référendum et demandons aux Alsaciens-Lorrains ce qu’ils souhaitent. – Pas question, répondit Albert Thomas ; jamais je n’oserai rentrer dans mon pays en proposant un référendum.” Il était tellement évident qu’ils souhaitent redevenir français qu’il valait mieux éviter de le leur demander… Au vrai, ils ont bien manifesté ces sentiments-là, mais après la défaite des armées allemandes. »

Affiche avec les membres du gouvernement provisoire d'origine en Mars 1917 dont Alexandre Kerenski en haut à droite

Malgré le soutien (un peu trouble) de Marcel Cachin, Charles Hueber est exclu du PCF au congrès de 1929. Cofondateur du Kommunistische Partei-Opposition, il s’éloigne donc de la ligne moscoutaire tout en adoptant une attitude de plus en plus germanophile. À Strasbourg, il supprime le feu d’artifice du 14 Juillet, promeut les spectacles en allemand au Théâtre municipal.

De 1989 à 2001, sur la Sept puis Arte, Marc Ferro a animé « Histoire parallèle ». En 1990, le téléspectateur, médusé, a pu voir  «  l’accueil que les Lorrains germanophobes ont réservé à la Wehrmacht en 1940, après l’armistice. Sans doute beaucoup d’entre eux et d’Alsaciens aussi ont-ils souhaité une fois encore quitter le pays et ils se sont réfugiés en zone libre. Mais parmi ceux qui sont restés, il en est qui avaient d’autres sentiments… […] ont fait scandale les images des actualités allemandes où on voyait des soldats de la Wehrmacht arracher les plaques commémoratives d’une petite ville de Lorraine germanophone où étaient inscrits les morts de la guerre de 1914-1918 pour y substituer une plaque avec la liste des morts allemands de cette même guerre ; beaucoup de lettres de protestation ont été adressées à la Sept, parce qu’il y avait beaucoup de monde à cette cérémonie, qu’il pleuvaient des trombes, et que ces Lorrains s’étaient néanmoins déplacés. De même nature et également tabou l’accueil des habitants de Domrémy, la ville de Jeanne d’Arc, à ces mêmes soldats de la Wehrmacht… ».

Un petit aperçu des fameuses émissions de Marc Ferro

 Après s’être rapproché des cléricaux et des nationalistes alsaciens, Charles Hueber rallie le nazisme en 1940 et adhère même au parti. Depuis longtemps malade du diabète, il meurt le 18 août 1943. Les nazis lui font des funérailles grandioses.

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

31 mars 2017

Dans les vapeurs de Fukushima

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 Fleurs de cerisier de Mamzelle PirateCe n’est pas pour faire mon malin, mais lors d’une séance de dédicace de mon best-seller communeux, j’ai fait la connaissance de Thomas B. Reverdy. Lequel signait notamment pour son roman « les Évaporés ». Nous étions au temps de cerises et assis l’un à côté de l’autre. Thomas est un homme charmant, brillant, bienveillant. Élégant. Je le questionnais sur le titre de son roman. Les évaporés ? Quèsaco ? Avant de séjourner à Kyoto sur l’invitation des institutions culturelles françaises, Thomas ignorait lui aussi cette terrible réalité japonaise…

 

Il y a quelques jours, les grands médias sont revenus sur la commémoration de la catastrophe de Fukushima, qu’abordent « les Évaporés ». Car dans ce subtil roman quasi policier, il est question d’économie, de social, d’amour, d’humain, d’honneur. De ce lumpenprolétariat nippon qui survit dans des zones contaminées, armée de l’ombre d’une société où les yakuza ne sont jamais très loin. J’ai pensé à cette phrase d’un journaliste en poste au pays du Soleil-Levant : « Le Japon, c’est une armée de samouraïs commandée par des généraux minables et corrompus. »

 

« Ce que nous appelons ici johatsu remonte à l’époque Edo [XVIIe siècle]. Les criminels ou les gens qui avaient une dette d’honneur allaient se purifier aux sources du mont Fuji. Il y a là des sources chaudes et des établissements de bains, ce sont de villes d’hôtels. Ils prenaient une auberge, ils entraient dans les bains de vapeur et ils disparaissaient, c’est pour cela qu’on les appelle les évaporés… »

 

Habitant San Francisco, la belle Yukiko apprend que son père a disparu. Elle demande alors à son compagnon américain, Richard B., détective à l’ancienne, de l’aider à le retrouver…

 

Chaque année, ce sont des milliers de Japonais qui s’évaporent, disparaissant des radars. Beaucoup sont endettés, or les maisons de crédit appartiennent souvent aux yakuza : « Quand les gens ne peuvent plus rembourser, ils exercent des pressions, ils menacent. Ce ne sont pas des banquiers, les gars. Ils débarquent chez vous avec des barres de fer ou ils vous kidnappent et vous gardent quinze jours pour vous faire peur. »

De l’argent, il en faut aussi pour disparaître, entre 300 000 et 500 000 yens, pour payer une manière de passeur. Et atterrir dans un meublé minable de la périphérie : « À part l’électricité et l’eau courante, qui ont fini par arriver à la fin des années 1960, c’est, en gros, le confort et le mode de vie d’avant-guerre. Pourtant, [les évaporés] ne sont pas malheureux. Ce sont des gens que la vie moderne avait endettés jusqu’au désespoir, des gens dont le symbole de la vie moderne, la centrale nucléaire et ses promesses de débauche d’énergie, avait rendu la terre inhabitable, des gens auxquels les conditions de la vie moderne, ses emplois non qualifiés de plus en plus précaires aux salaires si bas qu’ils étaient obligés d’en cumuler deux, parfois trois, ne permettaient pas de s’en sortir. Alors, perdre en confort pour vivre enfin, et dignement, ce n’était pas si cher payé. Pour ceux qui avaient des enfants, c’était plus compliqué, parce qu’ils ne pouvaient plus les scolariser. Les enfants d’évaporés n’ont aucune existence légale. »

 

Le 11 mars 2011, des milliers de riverains de la centrale ont tout perdu. « Ils n’avaient pas d’assurance contre le tsunami ou les tremblements de terre, parce qu’elles sont bien trop chères. Ils ont reçu l’aide du gouvernement, le forfait des victimes, deux millions de yens, et ils viennent de comprendre qu’il se passera sans doute des années avant de pouvoir réévaluer la somme, ridicule au regard de ce qu’ils ont perdu et qui, de tout façon, ne vaut plus rien. Qui va acheter une maison sinistrée dans une zone radioactive ? »Par surcroît, « l’armée de samouraïs… », on peut la licencier…

Le narrateur fait parler un des « Fukushima 50 » : « Je crois que c’était très gênant pour tout le monde ces conneries de volontaires prêts à se sacrifier. On était juste les seuls à pouvoir faire le boulot. […] Les “50”, ce fut surtout le symbole du sous-prolétariat du nucléaire. Quelle industrie aujourd’hui peut encore faire mourir ses salariés comme si c’était des esclaves ? » […] J’ai pris trop de radiations, pas assez pour avoir des symptômes aigus, mais suffisamment pour ne plus bosser dans le nucléaire pendant les deux cent cinquante prochaines années. […] J’ai été licencié quelques jours plus tard, avec assez d’indemnités pour m’obliger à signer une clause de confidentialité.

 

Yukiko retrouvera-t-elle son père avec l’aide de Richard B ?

Vous le saurez en lisant « les Évaporés » de Thomas B. Reverdy, disponibles notamment chez J’ai lu pour la modique somme de 7,20€.

livre les évaporés

 

Thomas B. Reverdy

Vous trouverez ici des éléments de biographie, la référence des romans parus ainsi que des autres publications, et divers articles, photos ou références en relation avec mes romans ou la vie littéraire. Il est prévu aussi d'ajouter quelques inédits dans l'avenir. Bonne lecture. Thomas B. Reverdy

http://www.thomasreverdy.com

« … jusqu’au XIXe siècle, au Japon comme ailleurs, chaque province avait son heure, calculée sur le zénith du soleil. Cela n’a posé problème qu’avec le chemin de fer, à cause de la vitesse, parce que les gens qui partaient de Tokyo à midi arrivaient à Osaka un quart d’heure plus tôt.

En somme, c’est la vitesse qui nous a fait perdre le sens du temps. »

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

 

 

 

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28 mars 2017

L’humour pas drôle, et alors ?

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais, bien qu’enfant à l’époque, je me souviens parfaitement de mon grand-père commentant « le Canard enchaîné » en novembre 1971. La bombe : montant de l’impôt sur le revenu de Jacques Chaban-Delmas : 16 806 francs seulement pour un revenu imposable de 72 000 ! Punaise, « notre » Premier ministre ne paie pas ses impôts…

By Dutch National Archives - http://www.gahetna.nl/collectie/afbeeldingen/fotocollectie/zoeken/weergave/detail/start/13/tstart/0/q/zoekterm/chaban-delmas/q/commentaar/1, CC BY-SA 3.0 nl, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=30313243

Proche du ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing, le sulfureux prince Michel Poniatowski évoque alors « les copains et les coquins » du parti gaulliste.

Donc, vendredi dernier, à 6h55, Audrey Vernon n’a pas fait sa chronique. Elle était en tournée dans le sud de la France.

Vers 9h50, dans « l’Instant M » de Sonia de Devillers, parole a été donnée à Bruno Denaes, médiateur des antennes publiques, et à Laurence Bloch, punkette en charge des programmes de France Inter. Cette dernière est revenue sur la censure du billet d’Audrey diffusé le 17 mars : « Cette dépublication répond aussi à un souci d’humanité par rapport à un acte aussi violent qu’un suicide, le suicide d’un homme sur son lieu de travail. Le respect de la personne concernée, de sa famille et de son entourage professionnel est capital. »

Et Frédérique Riéty, directrice des Affaires juridiques de Radio France, de compléter : « Il existe deux principes : le droit du public à être informé et la protection de l’individu. Les journalistes doivent concilier au quotidien ces deux principes (la vérification des faits, “l’enquête sérieuse” et le respect du droit de l’individu qui se voit mis en cause devant un public et le respect de la présomption d’innocence). Les journalistes mènent des enquêtes et peuvent donc apporter des preuves ou des avis contradictoires. »

Le journalisme est partant une science exacte.

Audrey Vernon aurait ainsi sorti de son chapeau trois noms de cadres de la SNCF ou plutôt de l’Établissement gares transilien. D’où le motif de sa « mise à pied ».

Sur le blog d’un syndicaliste (fliqué sur son Facebook), on peut lire : « Audrey Vernon a joué gratuitement pour les camarades d’Arcelor et de Fralib, pour la fête des jeunes cheminots CGT de Paris Rive gauche, elle contribue aux caisses de grève et a invité plus de 20 cheminots CGT de Versailles et Saint-Lazare à un de ses spectacles pendant une de nos grèves […]. »

Apparemment, elle connaît ses dossiers.

Pierre_Beregovoy

Par Amalricc — Travail personnel, CC BY-SA 3.0

Le suicide d’un homme est toujours chose compliquée. Édouard Postal n’a pas commis l’irréparable pour se désennuyer un peu.

Son employeur avait déjà été condamné… Le 19 mars 2015, la cour d’appel de Paris stipulait : « L’existence d’une discrimination syndicale et également liée à l’état de santé du salarié, travailleur handicapé, est établie, l’employeur n’expliquant pas les raisons de la stagnation du déroulement de sa carrière après sa nomination au poste de responsable opérationnel et n’ayant pas même donné suite à sa demande tendant à obtenir communication des éléments de déroulement de carrière des trente-trois agents du panel de comparaison. Il justifie être le seul de son niveau de qualification/rémunération à qualification égale. Il ressort de plus des attestations produites et du rapport du CHSCT que, depuis sa désignation par le Syndicat Sud rail en qualité de délégué syndical, ses difficultés relationnelles avec la direction ont empiré, l’employeur recommandant aux salariés de se tenir à l’écart du responsable syndical. La somme de 30000 € lui sera accordée à titre de dommages-intérêts. »

 Bénéficiant de l’ « avoir fiscal », mesure adoptée en 1965, Jacques Chaban-Delmas n’était pas en tort. Même si la loi était injuste, il n’avait pas fraudé le fisc. Comme celui d’un futur Premier ministre suicidé, l’honneur d’un homme avait été jeté aux chiens.

Le Nouvel Observateur avait pourtant évoqué l’« éœurement » de l’administration des finances, sous-entendant que Giscard, « parangon de la vertu fiscale », n’était pas étranger à ces révélations. 

«Ce qui ressort de cette affaire est plus grave et moins piquant que ne le serait une étourderie de M. Chaban-Delmas, écrivit Françoise Giroud dans L’Express, c’est l’iniquité fondamentale d’un système fiscal qui privilégie la fortune. » L’iniquité n’est pas l’illégalité.

Les rêves de présidentielle du maire de Bordeaux s’envolèrent. En 1974, avec l’aval du gaulliste Jacques Chirac, VGE fut élu président de la République.

 « Un peuple heureux n’a pas besoin d’humour… », disait Staline.

L’inverse est vrai.

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

 Avant le coruscant « Merci patron » de François Ruffin (César 2016 du meilleur documentaire), Audrey Vernon expliquait pourquoi « Bernard Arnault était un p’tit peu près de ses sous »… Trois minutes vingt-sept de bonheur, même si on rit jaune, non ?

images

DVD en vente ici par exemple.


 

 

 

23 mars 2017

Quand Audrey Vernon déraille moins que la SNCF et France Inter

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

audrey vernon censurée

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais Alain Finkielkraut ne dit pas que des bêtises, il en écrit aussi. Non, je plaisante…

La preuve, je peux être d’accord avec lui quand il déclare que « le rire contemporain ne relève plus de l’humour. Il est, entre l’injure et le crachat, une forme d’incivilité. […] Taper sur des cibles qui n'en peuvent mais, s'acharner sur les faibles, sur le physique, voilà qui définit un humour de meute et un rire barbare. Tel que défini par Kundera, l'humour est une forme assez récente du rire, caractérisée par une capacité proprement moderne à se remettre en question. C'est une sagesse de l'incertitude. Il ne faut pas confondre cet humour-là avec ses dévoiements actuels. »

Finky vise ici et aussi France Inter, où, pourtant, l’essentiel des humoristes échappe désormais – certains comme Guillon ou Porte ayant été congédiés… – à ses catégorisations.

Vendredi dernier (17 mars), je prends le bus pour aller au chagrin berlusconien, il est 6 h 55, j’écoute le Cinq-Sept de France Inter. Pour le clore, le billet de la belle et talentueuse Audrey Vernon, bijou d’humour noir anticapitaliste.

(Une artiste qui a écrit et interprété un seul-en-scène sur la vie de Karl Marx, de sa femme, Jenny, de leur ami Friedrich Engels et de la mystérieuse Helene Demuth ne peut pas être complètement mauvaise ! voir les bonus ci-dessous. Par surcroît, elle a aussi joué aux côtés de l’ex-terroriste cégéto-Contiste Xavier Mathieu « Fukushima, Work in Progress, une légende japonaise ». ) 

Mais en ce 17 mars, veille de la contre-insurrection parisienne qui aboutit à la Commune de 1871, dans mon 187, je ne souris pas.

Et ce n’est pas parce qu’au volant se pavane une feignasse de fonctionnaire ou assimilé…

(Vivement que monsieur Costard à 18 000 arrive à l’Élysée !)

Depuis le 17 mars, j’avais envie de partager la chronique de mademoiselle Vernon avec vous.

Et v’là-t’y pas que j’apprends, mercredi 21 mars, qu’elle a été retirée du replay de France Inter sur demande de la SNCF. Audrey Vernon aurait été « convoquée à un entretien préalable à sanction par la direction de la station ».

Une direction pourtant directement et dûment dirigée par une punk à chien et un éphèbe formé à Mondial moquette.

Et la France Inter de déclarer : « Vendredi 17 mars 2017, Audrey Vernon a consacré sa chronique au suicide d'un cheminot. Dans cette chronique ont été nommément cités trois membres de l'encadrement de la SNCF. »

Théboul, Huteau et Dérousseaux sont les trois membrés.

Mais vous avez de la chance. Demain, vous vous lèverez tôt ou pot-de-casterez « Cette semaine, Audrey a rencontré l'homme de sa vie » et écouterez sa chronique du 17 mars peut-être sur le site de Sud Rail. 

Le billet d'Audrey Vernon du 17 mars 2017

Je suis bien embêtée Eric, je pars en tournée, tout à l'heure en train... et la direction de la SNCF fait rien qu'à tuer des cheminots... ça va pas la tête... 2 la semaine dernière, un accident du travail et un suicide...

https://sudrail.fr

Et je suis sûr que vous aurez une pensée pour une jeune infirmière en gériatrie, voir les larmes aux yeux…

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

Les bonus du jour :

Voici le texte en question à télécharger si vous le souhaitez :

 Chronique_d_Audrey_Vernon_du_17_mars_2017 

  L'affiche de son spectacle : 

Affiche-Milliardaire-2014

Son site :


Courneuve 10 septembre 2016 Bredene 17 septembre 2016 Paris 30 septembre 2016 juin 2017 Bayonne du 2 au 5 novembre 2016 Saint-Andr de Cubzac 10 novembre 2016 Bretigny-Sur-Orge 19 novembre 2016 Meyrin 25 novembre 2016 Avon 26 novembre 2016 Bagneux 15 dcembre 2016 Paris 12 janvier 2017 Cournon d'Auvergne 20

http://audreyvernon.com

Son spectacle sur Karl et Jenny Marx : 

 La punkitude sur France Inter : 

 

 

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20 mars 2017

La “clause Ribéry” : sait nous qu’on ait les Golois!

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

 

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais j’ai la faiblesse de penser que je joue mieux de la guitare que Frédéric Fromet.

Cependant, comme auteur, je n’aurai jamais son talent. Détourneur en chef à la voix de crécelle, dont la « sexitude » est telle qu’elle a ému André Manoukian au point de le faire transpirer de la moustache, Frédéric Fromet nous enchante tous les vendredis sur France Inter vers 17h55.

Évidemment, chez nos amis belges, il y eut en janvier 2015 son « Coulibaly Coulibalot les attentats expliqués aux enfants » au charmant refrain : « Ah ah Allah akbar, les fous d’Allah sont des tocards. »

Vendredi dernier, il nous a gratifiés d’une ode à la « clause Molière » tendance Krank Ribéry.

 

Clause Molière

Frédéric Fromet s'est mis dans la peau d'un patriote favorable à la clause Molière, qui oblige à parler français sur les chantiers.

https://www.franceinter.fr

 

J’entends ce que vous disez et je n’aimeré pas vive dans vot’e épok poste modern’.

 

Truelle_pour_maçonnerie

 

 

 

 

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17 mars 2017

“Clauses Molière”, prélude à la “Clause Barbie” ?

 

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

Ce n’est pas pour faire mon malin, mais, François Truffaut avait raison, les chansons disent souvent la vérité.

Prenez « Tout ce qui est dégueulasse porte un joli nom », d’Allain Leprest. Eh bien ! ce titre s’applique aux « clauses Molière ». C’est honteux mais ça sonne bien.

 

La belle interprétation d'Olivia Ruiz

 

507px-Moliere_theatrefrançais copie le monde

En lisant « le Monde », j’ai cru, n’était-ce le calendrier, à un poisson d’avril : « Les Régions tentées par la préférence nationale. Les “clauses Molière”, qui permettent aux collectivités d’imposer le français sur les chantiers, se multiplient. »

Et puis j’ai vu que cette mesure humaniste était notamment soutenue par Valérie Pécresse, sur des décors de Vincent You, adjoint au maire d’Angoulême, et des costumes de Laurent Wauquier. Au théâtre ce soir avec l’auteur de Tartuffe.

En réalité, il s’agit de protéger les 286 025 travailleurs détachés en France (1% de la population active). Tandis que dans les bureaux de La Défense, on parle allègrement la langue (appauvrie) de Shakespeare, sur les chantiers, les 46 000 Polonais, les 44 000 Portugais et autres 35 000 Espagnols détachés doivent pour leur bien s’exprimer dans celle de Molière. Et moi qui pensais ce fût une mesure raciste, inapplicable et démagogique.

Président de la Confédération des petites et moyennes entreprises et ancien vice-président de la Fédération française du bâtiment, François Asselin nous rassure : « Courant 2017, l’ensemble des salariés du bâtiment vont être équipés de cartes d’identification numériques. Un contrôleur pourra vérifier, à l’aide d’un Smartphone [en français, ordiphone], si la personne est en règle pour travailler sur un chantier en France. »

D’aucuns pourraient dire que ces « clauses Molière » prouvent, comme l’affirme Elisabeth Morin-Chartier, pourtant députée européenne (LR), qu’elles constituent « le piège du repli nationaliste dans lequel le FN veut enferrer notre pays ».

Personnellement, je pense que c’est encore plus grave. N’est-ce point le triomphe du petit Blanc, du prolo franchouille ou du récent immigré qui referme la porte derrière lui ?

Je me souviens du 24 décembre 1980 quand un commando conduit par le maire « communiste » de Vitry-sur Seine, Paul Mercieca, a saccagé à coups de bulldozer un foyer abritant 300 immigrés maliens (tous des hommes).

« Joyeux Noël, les Bamboulas ! » 

Non, mais c’était au nom de l’internationalisme prolétarien…

Foyer malien à Vitry

Graves incidents mercredi à Vitry sur Seine où un foyer qui devait accueillir 300 immigrés maliens a été saccagé par un commando d'une cinquantaine de personnes conduites par le maire communiste de Vitry, Paul MERCIECA.

http://www.ina.fr

Alors comment ne pas songer à Jacques Prévert, un temps compagnon de route du PCF, qui a signé en 1951 « Étranges étrangers » ? Mort en 1977, il n’a pas assisté à ce triste Noël glacial.

 

Dans cette vidéo ci-dessous, cet ancien membre du Groupe Octobre récite lui-même son poème, accompagné par le génial guitariste Henri Crolla… un putain de Rital qui fricotait avec les Manouches de la zone.

 

Etranges étrangers de Jacques Prévert

La longue période de crise que nous vivons fait ressurgir toutes les peurs dont se nourrissent les discours xénophobes et la recherche de bouc-émissaires. Le poème de Jacques Prévert, Etranges étrangers paraît en 1951 dans le recueil Grand bal de printemps.* En...

http://www.paris-a-nu.fr

 

 Etranges étrangers

Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel
Hommes de pays loin
Cobayes des colonies
Doux petits musiciens
Soleils adolescents de la porte d'Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d'Aubervilliers
Brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
Ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
Au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
Embauchés débauchés
Manœuvres désœuvrés
Polaks du Marais du Temple des Rosiers


Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
Pêcheurs des Baléares ou du cap Finistère
Rescapés de Franco
Et déportés de France et de Navarre
Pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
La liberté des autres

Esclaves noirs de Fréjus
Tiraillés et parqués
Au bord d'une petite mer
Où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
Qui évoquez chaque soir
Dans les locaux disciplinaires
Avec une vieille boîte à cigares
Et quelques bouts de fil de fer
Tous les échos de vos villages
Tous les oiseaux de vos forêts
Et ne venez dans la capitale
Que pour fêter au pas cadencé
La prise de la Bastille le quatorze juillet

Enfants du Sénégal
Dépatriés expatriés et naturalisés

Enfants indochinois
Jongleurs aux innocents couteaux
Qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
De jolis dragons d'or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
Qui dormez aujourd'hui de retour au pays
Le visage dans la terre
Et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
La monnaie de vos papiers dorés
On vous a retourné
Vos petits couteaux dans le dos

Étranges étrangers

Vous êtes de la ville
Vous êtes de sa vie
Même si mal en vivez,

Même si vous en mourez

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.

Bonus rien que pour vous !

14 mars 2017

De Corse à Beg-ar-Fry, par le bout du nez

 

 

« Raconter, c’est résister »,

 Guimarães Rosa,

écrivain brésilien

 (1908-1967)

 

 

À la mémoire de Michel Guinault, dans la bibliothèque duquel j’ai trouvé “la Résistance en Bretagne”

 

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Ce n’est pas pour faire mon malin, mais Économe, le couteau éplucheur, est une marque déposée et écumoire, féminin. J’y pense à chaque fois que j’essaie de décrypter l’information.

Épluchons, filtrons.

Sur Arte, vous pouvez encore voir « Mafia et République » , réalisé par Christophe Bouquet, sur un scénario de Vanessa Ratignier, Christophe Nick et… Pierre Péan. Un triptyque des plus instructifs malgré quelques raccourcis historiques.

 

ARTE+7 | Mafia et République (1/3)

L'histoire complexe et occultée de la mafia corse, qui a prospéré à partir de la fin des années 1920 avec la complicité de l'État français. En trois volets, cette série documentaire ausculte les liens scélérats qui ont uni mafieux corses et politiques de tous bords sur trois générations.

http://www.arte.tv

 

La mafia corse et la République française, vaste programme ! comme aurait dit l’employeur de Charles Pasqua au SAC. De Gaulle, pas Étienne Leandri…

Dans ces formidables documentaires, nous croisons le « communiste », futur « national-socialiste », Simon Sabiani, homme politique tout-puissant qui, pour contrôler Marseille, s’appuya sur le clientélisme et Paul Carbone, au physique plus ingrat que celui de Delon dans « Borsalino ». Y sont évoqués Saigon la corse, la morphine base raffinée à Bandol, les réseaux de femmes esclaves réduites à la prostitution au Caire ou dans le port franc de Tanger.

Tentaculaire, la diaspora corse constituait alors l’épine dorsale de l’administration coloniale française. Un vrai modèle pour Cosa Nostra, qui fera de Cuba sa Marseille.

Étienne Leandri se rappelle à notre bon souvenir. Gigolo, trafiquant de drogue, gestapiste à ses heures, il finit par se réfugier en Italie, où ce futur mentor de Pasqua côtoie Lucky Luciano avant d’être repêché par la CIA.

Eh oui ! avant la Guerre froide, il y eut la Guerre tout court.

Paul Carbone verse dans la Collaboration. Tino Rossi chante « Ave Maria » à ses obsèques en 1943 parmi les miliciens et les ecclésiastiques maréchalistes…

 

Leandri fricote avec la Carlingue, la Gestapo française, tout en protégeant certains juifs, dont Georges Cravenne. On ne sait jamais…

Les frères Guerini, Antoine et Barthelémy, rejoignent le réseau de résistance Brutus, dirigé par l’avocat socialiste Gaston Defferre, par ailleurs à tu et à toi avec Jean Moulin.

Quant à Marcel Francisci, surnommé, dans les années 1960, « Mister Heroin » aux Etats-Unis, c’est un gaulliste de la première heure… Député RPR, prodigue en emplois de croupiers dans le cercle Wagram, il s’éteindra en 1982. Ses obsèques seront dignes d’une scène du « Parrain ».

Entre-temps, il y eut la French Connection (20 tonnes d’héro livrées chaque année aux States, pour 1,5 milliard d’euros actuels), l’Opération X en Indochine, la guerre des cercles de jeux (blanchisseries à ciel couvert d’argent sale), le Congo prosoviétique mais néanmoins pétrolifère, le Gabon (troisième département corse), les casses et les assassinats perpétrés par le SAC, dont la branche marseillaise fut un temps dirigée par Charles Pasqua (encore lui !).

N’oublions pas l’affaire Marković, Alain Delon (encore lui !) et un Pompidou blessé que sa « Bichette » soit traînée dans la boue par des proches de… Pasqua (encore lui !).

Richard Nixon somme alors la France de combattre la française connexion entre le parti gaulliste, les services de renseignement et le syndicat du crime corse. Pompidou procède au nettoyage sans forcément savoir que la future victime washingtonienne du Watergate profite de la guerre contre la drogue pour désigner à l’Amérique WASP l’ennemi déjà post-communiste : les Black ! Mais cela est une autre histoire…

Par son affable secrétaire particulier aux cheveux poivre et sel, Étienne Leandri nous est présenté dans « Mafia et République » comme un homme au regard doux qui n’a pas besoin de prouver sa puissance. Le jeune quinqua n’a-t-il pas vu un des directeurs d’une grande banque française implorer son patron à genoux ? De Niro, sors de ce corps !

Leandri, un des personnages de l’ombre les plus influents de la Ve République, qui a représenté les intérêts de Thomson-CSF, ELF, GMF, Dumez et Lyonnaise et Générale des Eaux, s’éteint en 1995, quelques mois avant François Mitterrand.

Épluchons, filtrons…

On peut lire sur la Toile que Leandri, dit le Petit Monsieur
(1,83 m), avait ses entrées à l’Élysée.

Épluchons, filtrons…

Florentin, Mitterrand demeurera sulfureux pour longtemps…

Parlez-en à Pierre Péan, co-auteur dudit triptyque, dont « Une jeunesse française » fut le plus grand succès. (Tonton fit beaucoup pour l’édition hexagonale.)

Puis-je être un brin polémique ?

Depuis peu, je me méfie de certaines personnes de Sablé-sur-Sarthe, terre d’emplois fictifs et de cette hypocrisie provinciale qui faisait la joie de Claude Chabrol. Péan y vit le jour en mars 1938. Brillant journaliste d’investigation, mon confrère m’a parfois déçu, voire pire…

Notamment quand il écrivit « Noires Fureurs, blancs menteurs », sur le Rwanda. Un brûlot complotiste reprenant la thèse d’un double génocide à l’origine duquel serait le FPR tutsi !

« Une jeunesse française » fut donc le plus gros best-seller de Pierre Péan, qui se défendit d’avoir été parfois mal compris par les médias. Enfin, il avait quand même révélé que le futur premier président socialiste de la Ve avait été décoré de la francisque par le Maréchal… Le scoop de la mort !

« Quelle est la signification de Beg-ar-Fry, monsieur Mercier ?

– Eh bien ! en breton, ça veut dire “le bout du nez”. »

Celui qui pose la question n’est autre que le colonel Rémy, une des recrues les plus fameuses du BCRA, les services de renseignement de la France libre.

Louis Mercier était un résistant finistérien. Dans « la Résistance en Bretagne » (éditions Famot, Genève [en pays neutre ?] 1974), Gilbert Renault, alias Raymond, Jean-Luc, Rémy… écrit qu’en janvier 1944, Louis s’apprête à accueillir à la pointe de Beg-ar-Fry un jeune Français venu d’Angleterre qu’il doit convoyer jusqu’à la gare de Morlaix. L’interview date de 1969 : « Vous ne savez pas qui c’était ? Oh ! je n’ai appris ça que par la suite… Eh bien ! c’était François Mitterrand, qui vient de faire tellement parler de lui à propos de cette révolution qu’on a bien cru avoir au mois de mai dernier. » En Mai 68 !

« À ce qu’on m’a dit, il était allé en Angleterre en passant par l’Espagne, et il revenait en France pour je ne sais trop quelle mission. Mais, pour nous, c’était seulement “Jacques”. […] Là-dessus, il me raconte qu’il avait été à Vichy et que le maréchal Pétain lui avait remis la francisque… » Le plus naturellement du monde…

Ah ! l’écume médiatique !

« Beg-ar-Fry », par le bout du nez…

 

Il vous reste vingt-cinq jours pour voir ou revoir « Mafia et République ».

 

Vous vivez une époque post-moderne et je n’aimerais pas être à votre place.